dimanche, septembre 18, 2016

Un islam français est possible Hakim El Karoui / Auteur et l'Institut Montaigne


L'Institut Montaigne a réalisé un sondage IFOP sur l'Islam de France; ce travail est diffusé ce matin 18/9/2016 par le Journal du Dimanche. "Une étude de l’Ifop pour l’Institut Montaigne met en évidence la bonne intégration de la population musulmane, mais aussi l’inquiétante rupture des plus jeunes avec les valeurs républicaines." Lire...
 En voici l'accès sur le site de l'Institut Montaigne.


hek_ok.pngA PROPOS DE L’AUTEUR
Hakim El Karoui / AuteurNormalien, agrégé de géographie, Hakim El Karoui a enseigné à l’université Lyon II avant de rejoindre le cabinet du Premier ministre en 2002, où il était chargé de ses discours. Après un passage à Bercy, il rejoint, en 2006, la banque Rothschild où, avec Lionel Zinsou, il anime la practice Afrique. En 2011, il rejoint le cabinet de conseil en stratégie Roland Berger où il est co-responsable de l’Afrique et du conseil au gouvernement français. En 2016, il fonde sa propre société de conseil stratégique Volentia. Hakim El Karoui est aussi essayiste (il a publié trois livres chez Flammarion qui traitent de questions économiques et géopolitiques) et entrepreneur social (il a créé le club du XXIème siècle, les Young Mediterranean Leaders et est avec Bariza Khiari à l’origine de « l’appel des 41 », paru le 31 juillet 2016 dans le JDD). 

"C’est parce que la méfiance, l’ignorance et l’hostilité croissante d’une partie de la population menacent notre cohésion nationale qu’il est indispensable que les musulmans de France mènent une bataille de la connaissance afin de lutter contre les idées reçues et contre le fondamentalisme"
 Hakim El Karoui

Pourquoi conduire un travail sur l’islam ?

Le fondamentalisme religieux se diffuse avec vigueur sur notre territoire pendant que s’exacerbent les polémiques autour de l’inscription des signes d’appartenance islamique dans l’espace public, suscitant crispations et angoisses. Ces peurs sont renforcées par une méconnaissance générale des musulmans de France, de leurs aspirations et de leurs pratiques religieuses.
Qui sont-ils ? Quels rapports entretiennent-ils avec leur religion ? Quelles sont les croyances qu’ils partagent ?
Aujourd’hui, le discours sur l’islam et l’image de l’islam sont très largement fabriqués par les tenants d'un islam rigoriste, voire autoritaire. Dans leur majorité, les musulmans de France ne se sentent pourtant pas représentés par cet islam-là.
Le portrait de cette majorité silencieuse que dresse l’Institut Montaigne est inédit. La méconnaissance dont elle est l’objet s’explique en grande partie par la difficulté à connaître précisément la sociologie de la population musulmane vivant en France. C’est pour y porter remède qu’une enquête pionnière, à la méthodologie solide et rigoureuse, a été conduite avec l’Ifop.
Face au danger terroriste porté par des individus se réclamant de l’islam, la première réaction de l’État a été et demeure sécuritaire. Si cette réponse est légitime dans ce contexte si dramatique, elle ne peut être suffisante pour préserver la cohésion sociale et la concorde nationale pour les générations à venir.
Les discours et les propositions qui émergeront dans le cadre de la campagne présidentielle de 2017 ne manqueront pas d’être alimentés par les préjugés, par la peur, voire par la haine. Il s’agit non seulement de répondre par la connaissance aux défis que les événements tragiques de 2015 et de 2016 ont fait naître, mais aussi d’éclairer les débats à venir d’éléments objectifs.
L’Institut Montaigne est convaincu que construire un islam français est possible. Mais son organisation, son financement, ses liens avec l’État ainsi qu’avec les pays dits « d’origine » doivent se transformer sous peine, faute de résultat, de rendre insupportables les tensions sociales que chaque attentat approfondit.



Portrait et sociologie des Français
de confession musulmane


Le profil des musulmans de France est aujourd’hui trop mal connu. Afin de pallier ce déficit, l’Institut Montaigne a conduit avec l’Ifop une enquête pionnière auprès des musulmans vivant en France, sans la restreindre aux personnes immigrées ou issues de l'immigration. Cette étude constitue une avancée essentielle dans la connaissance de leur profil social, de leurs attitudes et de leurs aspirations. L’analyse de ces données inédites a été réalisée par Antoine Jardin, docteur en science politique et ingénieur de recherche au CNRS.

Quelle méthodologie ?


L'Ifop a eu recours à un très vaste échantillon national représentatif, de plus de 15 000 personnes, à l’intérieur duquel un sous-échantillon de 1 029 personnes se déclarant de confession musulmane ou ayant au moins un parent musulman a été extrait.
Cette enquête étant pionnière en France, il convient d’utiliser ses résultats avec précaution et mesure. Les enseignements qu’elle indique reflètent un état de l’opinion à l’instant de sa réalisation et non pas une prédiction. L'analyse des données a été réalisée au moyen de techniques vérifiables et s'inscrit dans le respect des normes académiques les plus exigeantes à ce jour.

Qui sont les musulmans de France ?

Le portrait des musulmans de France tel qu’il ressort de cette enquête décrit une réalité très contrastée. La première, à rebours de beaucoup d’idées reçues, est qu’il n’y a ni « communauté musulmane », ni « communautariste musulman » unique et organisé. Il existe des Français de culture et de confession musulmane, dont le sentiment d’appartenance à la communauté musulmane est avant tout individuel : peu d’engagement associatif au nom de l’islam ou encore la faiblesse d’un sentiment de destinée collective. 
Les résultats de cette enquête indiquent que les personnes qui se déclarent musulmanes représentent 5,6 % de la population métropolitaine de plus de 15 ans en métropole. Parmi notre échantillon de 1 029 personnes, 155 personnes - 15 % de cet échantillon – se déclarent non musulmanes mais ont au moins un parent musulman, soit 1 % de l’échantillon global. Ces trajectoires de « sortie » de la religion musulmane – ou de désaffiliation – sont deux fois plus importantes que les trajectoires « d'entrée », puisque 7,5 % des enquêtés se déclarent musulmans tout en indiquant qu'aucun de leurs parents n'est lui-même musulman.

Si les parents des enquêtés sont, dans la grande majorité des cas, nés à l’étranger, plus d’un répondant sur deux est né en France, 24% sont français par acquisition et 26% sont de nationalité étrangère.
Une population plus jeune que la moyenne nationale. Les musulmans de l’échantillon sont âgés, en moyenne, de 35,8 ans contre 53 ans pour les chrétiens et 43,5 ans pour les personnes sans religion par exemple.
La structure socioprofessionnelle de la population qui se définit comme musulmane dans cette enquête est marquée par une surreprésentation des milieux populaires et des populations éloignées de l’emploi. Elle compte près de 25 % d’ouvriers, contre 13,1 % dans l’échantillon global, et les 38 % d’inactifs contre moitié moins dans l’échantillon global.


Le profil social des musulmans en activité souligne une exposition relativement forte aux formes d'emploi précaires (CDD, intérim, temps partiel). Pour autant, on voit aussi émerger une classe moyenne et supérieure : 10 % de professions intermédiaires et 5 % de cadres et professions intellectuelles supérieures parmi les musulmans de religion ou de culture.
Deux tiers des musulmans pensent que la laïcité permet de vivre librement sa religion en France. Une majorité de musulmans en France s’inscrit dans un système de valeurs et dans une pratique religieuse qui s’insèrent sans heurts dans le corpus républicain et national (46 %).
Quatre traits partagés sont caractéristiques des musulmans de France : 
1. une pratique religieuse régulière :

31 % des enquêtés qui se déclarent musulmans se rendent une fois par semaine dans une mosquée ou une salle de prière, contre 8,2 % dans la population générale ;2. le respect marqué de la norme alimentaire halal : 

70 % des enquêtés déclarent « toujours » acheter de la viande halal, 22 % en achètent « parfois » et seulement 6 % « jamais » ;3. le soutien au port du voile, majoritaire malgré d’importants clivages :

environ 65 % des musulmans – de religion ou de culture – se déclarent favorables au port du voile ;4. l’absence d’un communautarisme musulman généralisé :

78 % des enquêtés qui se déclarent musulmans – inscrits sur les listes électorales – disent qu’ils ne votent pas systématiquement pour un candidat musulman aux différentes élections.> Le détail de ces données

Mais le portrait des musulmans de France ne se limite bien évidemment pas à ces traits communs. Ce sont davantage les différences et les divergences qui dominent. > Pourquoi ? 
L’analyse méthodique des résultats permet d’identifier trois groupes :

  • la « majorité silencieuse », groupe composé de 46 % des sondés. Leur système de valeurs est en adéquation avec la société française, qu’ils contribuent d’ailleurs à faire évoluer par leurs spécificités religieuses ;
  • les « conservateurs ». Groupe plus composite, ils composent 25 % de l’échantillon et sont au cœur de la bataille politique et idéologique que les propositions de notre rapport doivent permettre de conduire et de remporter. Fiers d'être musulmans, ils revendiquent la possibilité d'exprimer leur appartenance religieuse dans l'espace public. Très pieux (la charia a une grande importance pour eux, sans passer devant la loi de la République), ils sont souvent favorables à l'expression de la religion au travail, et ont très largement adopté la norme halal comme définition de "l'être musulman". Ils rejettent très clairement le niqab et la polygamie et acceptent la laïcité ;
  • les « autoritaires » forment le dernier groupe, soit 28 % de l'ensemble. Ils sont majoritairement jeunes, peu qualifiés et peu insérés dans l'emploi. Ils vivent dans les quartiers populaires périphériques des grandes agglomérations. Ce groupe se définit davantage par l'usage qu'il fait de l'islam pour signifier sa révolte vis-à-vis du reste de la société française que par son conservatisme. 

L’Islam français aujourd’hui

L’islam en France est fragmenté et divers : il n’y a pas un islam mais des islams, nourris et diffusés par des institutions et des mouvements nationaux, des organisations transnationales ou des États étrangers. Cette multiplicité d’acteurs dans le champ musulman français, les tensions qu’ils suscitent et les rivalités qu’ils nourrissent, contribuent à la complexité de la compréhension de l’islam en France.
L’islam consulaire
Ce sont les Etats d’origine des Français de confession musulmane à qui l’État a délégué la gestion de l’islam et l’encadrement des musulmans de France. Des années 1950 à aujourd’hui, les Etats d’origine ont soutenu leurs efforts afin de maintenir leur contrôle sur les populations émigrées. On peut toutefois distinguer deux formes d’islam consulaire :
1. le modèle développé par les États émetteurs de population,

au premier rang desquels l’Algérie, le Maroc et la Turquie
> Son histoire, son développement et l’analyse pays par pays  2. le modèle mis en œuvre par les États non émetteurs de population,

à l’instar de l’Arabie Saoudite ou du Qatar, qui cherchent à diffuser à l’échelle mondiale une idéologie islamique
> La religion comme soft power

L’Islam consulaire participe à l’organisation du culte musulman dans sa dimension administrative, mais son pouvoir normatif et prescripif en matière religieuse s’est érodé. 
L’UOIF : un islam à la française ?
L’Union des organisations islamiques de France (UOIF) est une composante importante du paysage de l’islam français. Historiquement proche des Frères Musulmans, l’UOIF tenait un discours islamiste qui a évolué au fil du temps, notamment via l’institutionnalisation de cette organisation, plus particulièrement à l’occasion de la création du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) en 2003. Aujourd’hui l’UOIF est une fédération qui regroupe « 200 associations musulmanes réparties sur tout le territoire français ». L’UOIF a progressivement mis en place une double stratégie de maillage territorial, de sectorisation de ses activités et de quadrillage de la société musulmane française. Elle est ainsi l’un des principaux interlocuteurs des pouvoirs publics en matière d’organisation de l’islam en France.
> Son histoire, son organisation, son financement et son évolution


Néanmoins, le retrait de l’UOIF du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), en 2011, s’est traduit par la paralysie de cette instance. Si elle a réussi à s’imposer comme un acteur pivot de l’islam de France, sa représentativité n’est cependant plus avérée. Au regard de notre enquête, seuls 12% des musulmans interrogés se déclarent proches de cette organisation, tandis que plus de deux tiers d’entre eux affirment ne pas en connaître l’existence. 
La tentative de l’État d’organiser un islam français
L’année 1989 est une année charnière : après l’externalisation de la gestion du culte musulman aux États d’origine de 1960 à 1989, la conjonction de trois événements - la fatwa lancée par l'ayatollah Khomeiny contre Salman Rushdie, « l'affaire du voile » qui éclate à Creil et la montée de l'islamisme en Algérie qui menace le territoire français - poussent l'Etat à s'impliquer dans l'organisation de l'islam de France.
> Pierre Joxe et la création du Conseil de Réflexion sur l’Islam en France (1989-1993)
> La méthode Pasqua ou le choix algérien 
> Jean-Louis Debré ou la méthode du laisser-faire 
> Jean-Pierre Chevènement : de l’Istichâra aux prémices du CFCM 
> Nicolas Sarkozy et la naissance du CFCM
> Bilan et perspectives du CFCM aujourd’hui
> Les relations entre l’État et l’islam en Europe : une institutionnalisation à parfaire. Une convergence des modes et une hétérogénéité des méthodes 
L’implantation progressive de populations musulmanes sur le territoire français a entraîné une nationalisation de l’islam : nous sommes passés de l’islam en France à l’islam de France. Si l’émergence de l’islam français doit être poursuivie et parachevée, trois décennies de transformations en ont dessiné les contours.
L’islam français n’a néanmoins pas uniquement une dimension institutionnelle et nationale, c’est d’abord une pratique, quotidienne et locale, qui s’organise autour des mosquées et des imams. C’est l’islam des collectivités. Le développement du web et des réseaux sociaux ont aussi profondément transformé l’islam en France.
L’organisation de l’islam français nécessite de connaître les deux bouts de la chaîne : le segment institutionnel et national ainsi que le segment populaire et local.
 L’analyse de l’évolution du paysage de l’islam français éclaire la faiblesse organisationnelle de l’islam en France et en rend d’autant plus urgente sa structuration de l’islam en France, à la fois par les musulmans de France et par la puissance publique.
Les musulmans de France, parce qu’ils présentent une grande diversité à la fois ethnique et socio-démographique, ont jusqu'ici échoué à se doter des structures nécessaires pour une gestion à la fois transparente, structurée et régulée de l’islam français.
Les fondamentalistes ont pris une avance considérable dans plusieurs domaines, notamment dans la diffusion de leur idéologie. Dès lors, le combat à mener est aussi idéologique et culturel.



Comment construire un islam français ?


L'islam de France doit devenir français. Il ne l'est pas aujourd'hui.
Il est confronté à un double défi : sortir enfin de la tutelle des Etats étrangers et centraliser son organisation, avec l'intérêt général des Français de confession musulmane comme principe directeur.
Il doit être financé par de l’argent français, doit produire et diffuser de la connaissance religieuse et s’appuyer, enfin, sur des femmes et des hommes nouveaux, issus de la majorité silencieuse des musulmans de France.

Pour que l’islam français puisse se doter d’une ligne théologique compatible avec la société, il faut créer des instances capables de produire et de diffuser des idées et des valeurs françaises. 
Cinq mutations majeures doivent être engagées :
1. Construire un islam français, fondé sur des instances véritablement représentatives des musulmans de France : les résultats de notre enquête révèlent un déficit de notoriété et de légitimité des organisations islamiques en France. Ainsi, plus de deux tiers des enquêtés déclarent ne pas connaître le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM). Et, parmi les 300 répondants connaissant l’institution, seuls 28 % déclarent se sentir représentés par cette structure. Nous avons vu qu’il en était de même pour l’UOIF.
 L’atteinte de cet objectif est conditionnée par deux impératifs.


o   Mettre fin à la tutelle – longtemps acceptée voire encouragée par la France –  d’États étrangers, qui ne tolèreraient en aucune manière sur leur sol ce qu’ils pratiquent en France. Mettre un terme à cette situation nécessite que les flux financiers venus de ces pays ne soient plus dirigés vers « leur » communauté, mais, de façon claire et transparente, vers une organisation reconnue dont les moyens seront utilisés dans l’intérêt de l’ensemble des musulmans de France, quelle que soit leur origine.
 o   Faire émerger de nouveaux cadres, religieux et laïcs, nés en France, soucieux de prendre en main une communauté embryonnaire et de répondre aux très nombreux défis auxquels sont confrontés les musulmans de France. La solution pour y parvenir consiste à les aider à construire une légitimité institutionnelle en les associant à la création et à la gouvernance de la Fondation pour l’islam de France et de l’Association musulmane pour un islam de France, en projet à l’heure où nous écrivons ces lignes.

2. Assurer à l’islam de France des ressources financières transparentes, destinées à un usage collectif, afin de structurer une véritable organisation de l’islam, de salarier les imams et de répondre au fait social indéniable que constitue « la nouvelle fierté islamique » de nombreux musulmans de France, qui font de l’islam un objet moins religieux qu’identitaire. La solution, passe par une redevance sur le halal et des institutions reconnues, capables d’attirer et de centraliser les dons.
3. Contribuer, autant que le permet la loi de 1905, à la lutte contre le discours fondamentaliste, notamment via le financement de la formation culturelle et du travail des aumôniers dans tous les lieux fermés (écoles, prisons, armées, établissements hospitaliers, etc.) et via l’enseignement de l’arabe à l’école publique. Dans un contexte où cet enseignement se diffuse très rapidement dans les mosquées et les écoles coraniques, du fait notamment de l’absence d’offre de formation à l’école publique.
4. Une réflexion doit enfin être engagée sur l’absence de l’islam du concordat qui régit, encore aujourd’hui, la relation entre les cultes et l’État en Alsace-Moselle. Il en va de l’égalité entre les citoyens et de la capacité de l’État de créer une faculté de théologie capable de travailler rapidement sur des interprétations religieuses compatibles avec la société française d’aujourd’hui.
5. Lever les ambiguïtés qui pèsent sur certaines pratiques locales (baux emphytéotiques, carrés confessionnels, garanties d’emprunt) afin de garantir aux musulmans que ces pratiques juridiques sont conformes avec la Constitution.

Les obstacles à surmonter afin de construire cet islam français


Géopolitiques, d’abord, car l’organisation de l’islam de France se trouve enchâssée dans l’écheveau complexe des relations de la France avec les pays du Maghreb et la Turquie ;
 Organisationnels, ensuite, parce que, malgré les inquiétudes relatives au communautarisme musulman, la « communauté musulmane en France » n’existe tout simplement pas : ni sentiment d’appartenance, ni intérêts communs identifiés, ni capacité d’action groupée. Depuis trente ans, les ministres de l’Intérieur successifs ont d’ailleurs tous échoué à trouver un interlocuteur représentatif ;
 Financiers également, car malgré certains financements venus de pays étrangers « amis » (le Maroc, la Turquie, l’Algérie et l’Arabie Saoudite), l’islam de France est sous-financé et pâtit, par ailleurs, d’un manque de transparence dommageable pour sa réputation et qui entrave sa capacité à collecter les dons des fidèles ;
 Institutionnels, enfin, car il faut que le gouvernement français fasse bien davantage confiance aux musulmans de France et notamment aux représentants de la majorité silencieuse prêts à s’engager.


Comment y parvenir ? Nos propositions

Pour que l’islam français puisse se doter d’une ligne théologique compatible avec la société française et afin qu’il puisse rompre avec les discours diffusés par les États émetteurs d’idéologies rigoristes, il faut créer des instances – gérées par une nouvelle génération de musulmans – capables de produire et de diffuser des idées et des valeurs françaises.
L’islam n’est pas intégré au régime concordataire alsacien et mosellan. C’est un culte « non-reconnu ». Par conséquent, le financement du culte musulman – et plus largement celui des nouveaux cultes – n’est pas aligné sur le régime dont bénéficient les quatre cultes reconnus (catholique, luthérien, calviniste, juif).
connaître et prendre la mesure de la situation par les statistiques religieuses. La réticence française à l’égard des recensements religieux et les estimations existantes autour de l’appartenance religieuse ne permettent pas de suivre finement l’évolution des composantes religieuses au sein de la population ;
rédiger un ouvrage scolaire d’histoire commun avec l’Italie, l’Espagne, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, afin de mettre en perspective historique les apports mutuels et les convergences religieuses et culturelles entre les deux rives de la Méditerranée.


Il aurait pour principales missions :
- d’adresser un signal politique fort, en sortant les relations avec les cultes du prisme sécuritaire – que peut induire le rattachement actuel du bureau des cultes au ministère de l’Intérieur –, et en favorisant une logique interministérielle dans les relations avec les différents cultes ;
- de répondre à l’administration éclatée de l’imamat, de l’attribution de visas aux imams étrangers, de la formation des aumôniers, du rattachement de l’Institut français des aumôniers et du contrôle des associations cultuelles ;
- d’assurer la liaison entre les pouvoirs publics, la Caisse d’assurance vieillesse invalidité maladies cultes (CAVIMAC) et les cultes ;
- de garantir l’application de la loi de 1905, la neutralité des services publics, en ne reconnaissant aucun culte et en traitant toutes les confessions religieuses de façon égale ;
- d’assurer la police administrative des cultes ;
- d’entretenir des relations régulières et constructives avec les autorités religieuses et les associations cultuelles dans chaque département – notamment par la nomination d’un délégué aux affaires religieuses et à la laïcité dans chaque préfecture de département ou de région.

Source: institutmontaigne.org

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