jeudi, septembre 15, 2016

"Les Occidentaux doivent avoir le courage de dire la vérité sur certains aspects de l'islam"

La réponse de l'Ouest, selon Emilio Viano, a été lente et molle, notamment par peur d'offenser les musulmans en attaquant les distorsions de leur religion.
 
Emilio Viano est professeur de droit à l'American University, président de la Société internationale de criminologie, principal conseiller des gouvernements américains, conseiller auprès de l'Onu sur la drogue et le crime, conseiller au Conseil de l'Europe (lien).

Quelles sont les causes majeures, selon vous, de cette multiplication des attentats terroristes en France ?

La France est un pays très vulnérable. D'abord, géographiquement, elle est proche de l'Afrique du Nord, un foyer des partisans du djihadisme. Le Maroc, par exemple, a fourni plus de 1500 combattants à Dae'ch, soit une des plus importantes contributions.

Historiquement, depuis le VIIIe siècle, les envahisseurs musulmans ont toujours essayé de conquérir la France et ils ont alors presque réussi à dominer le Sud et à le joindre au califat établi en Espagne. Si Charles Martel les a vaincus à la bataille de Poitiers, en 732, cela n'empêcha pas les pirates musulmans, pendant des siècles, de débarquer sur les côtes méditerranéennes de la France pour piller, violer, kidnapper des femmes, rançonner les gens riches et exiger des tributs sous peine d'attaque des navires marchands. Et cela jusqu'au XIXe siècle, où, grâce à la marine américaine, qui attaqua la régence turque de Tripoli, de 1801 à 1805, les Turcs battus durent accepter la liberté de navigation en Méditerranée.
Mais l'effort de conquérir la France a continué, en partie en raison de son empire colonial africain, qui a un accès facile au territoire métropolitain français. Aujourd'hui, il y a environ 6 millions de personnes originaires de la seule Afrique du Nord. Bien que la plupart d'entre elles respectent les lois, une minorité refuse ; infime, elle représente quand même une fantastique opportunité pour le recrutement terroriste et pour frapper des cibles "molles". Le récent massacre de Nice symbolise clairement la vulnérabilité du pays face à ces violentes attaques.

Culturellement aussi la France est vulnérable. La Révolution française et Napoléon ont établi une stricte séparation des Églises et de l'État. Les affiliations religieuses ne peuvent être ouvertement exprimées dans le cadre du service public, elles sont exclues des bâtiments, activités et publications officiels. Bien que la France ait été fière d'être "la fille aînée de l'Église", cela a maintenant disparu sous prétexte d'y voir l'expression de tendances monarchistes ou obscurantistes et un signe de violation de la laïcité, nouvelle religion d'État. Ce rejet de l'héritage français a affaibli, dans les faits, la résolution du peuple à honorer, à tenir pour sacrée et à défendre son identité. Cela a ouvert la porte aux prétentions d'une minorité déterminée qui peut aisément submerger une majorité apathique et désorganisée et demander des droits.

Ajoutons enfin que les immigrants venus d'Afrique rencontrent parfois de considérables difficultés à s'intégrer au mode de vie français. Négliger aussi ce point conduit à créer un foyer de rejet et de haine et donc un terrain fertile pour le recrutement terroriste.

Quelles seraient les mesures les plus urgentes à prendre en France et en Europe ?


Pour la France, ce serait d'abord la renaissance d'une culture et d'une fierté religieuse non pour exclure les tenants des autres religions ou les athées, mais pour affirmer les contributions positives que la littérature, le langage, l'héritage religieux ont données afin d'assurer l'identité, la survie et le développement de la France depuis des siècles.
Ensuite, bien que la théorie du melting-pot ne soit pas à la mode, le pays doit faire un effort pour construire une société où le migrant puisse se sentir le bienvenu et accepté pour sa richesse personnelle. D'un autre côté, l'État doit demander et exiger une réponse positive de la part du migrant pour qu'il adopte les principes fondamentaux et les valeurs de son pays d'accueil. Sinon, arrivent la fragmentation, la ghettoïsation et l'isolement de la population immigrante. Alors, les migrants se coupent, soit par choix propre, soit par manque de politique inclusive, du pays. Cela produit une réponse connue face aux "étrangers" avec la suspicion, la discrimination, le rejet et, â la fin, l'ouverture et l'acceptation par les migrants ou leurs enfants de certains messages et d'appels à l'action de groupes terroristes contre le pays d'accueil.

L'Europe ne voulut pas reconnaître ses racines chrétiennes dans le traité de Nice malgré les appels de personnalités, y compris le pape Jean-Paul II. Cela poussa le courant laïc loin de la chrétienté vers l'athéisme, l'agnosticisme, l'ignorance et la complaisance. Ce fut un point d'entrée parfait pour les versions extrémistes des religions, en particulier celle de l'islam. Dans ce vide intellectuel et émotionnel, elles offrent une alternative séduisante, en particulier pour les personnes fragiles qui sont à la recherche d'une appartenance, d'une rigueur morale et d'une vie structurée dans un monde de culture sécularisée où tout se vaut moralement. Beaucoup d'humains aspirent à suivre une discipline sévère et certaines règles strictes pour être rassurés et se sentir récompensés en étant admis. Contrairement au principe qu'une religion doit être flexible, adaptative et ouverte pour intégrer de multiples approches différentes de la vie, certains cherchent une religion rigide, contraignante et contrôlant leur vie, sûre de sa foi, sans compromis. Cela est vu comme valorisant pour eux, contre le message perçu comme insipide et sans valeur envoyé par les cultures établies.

Le laisser-faire en morale, l'affaiblissement des interdits, l'abolition des traditions, par exemple, chez les catholiques, celle des vendredis sans viande, ont affaibli l'identité et rendu imperceptible ce que les Européens sont, d'où ils viennent, où ils vont dans ce voyage terrestre. C'est d'ailleurs pourquoi ces religions européennes, tels le luthéranisme, le presbytérianisme, l'anglicanisme et même le catholicisme perdent des membres par millions chaque année, aux États-Unis aussi. Beaucoup de ces âmes perdues, maintenant sans identité ni projet, sont des cibles faciles pour les versions extrémistes des religions.

L'Europe doit reconnaître ses racines et affirmer son identité non comme une justification du rejet des migrants, mais comme une fondation sur laquelle construire une communauté qui reconnaît différentes religions et différentes racines à condition qu'elles respectent et acceptent la convention de base, celle des droits humains de l'homme et de la femme résultant de siècles de philosophie chrétienne et de théologie.

De plus, bien entendu, il est impératif que l'Union européenne développe et adopte une politique commune sur l'immigration et la défense de ses frontières et qu'elle mobilise ses forces armées et sa police pour l'appliquer, avec des actions contraignantes, fondées sur l'autodéfense. Politique qui doit être ferme et sans hésitation quand cela est justifié.

Pensez-vous que des pays comme l'Arabie  Saoudite ont une responsabilité dans cette montée du terrorisme ?


L'Arabie Saoudite est particulièrement responsable de la croissance et de la virulence de l'extrémisme islamiste, incarné en particulier par Al-Qaïda et Dae'ch. Ce pays a investi des milliards de dollars dans la construction de mosquées et d'écoles partout sur le globe et a financé des missions pour les pourvoir en personnel afin de dominer le monde musulman et d'imposer en théologie sa propre souche agressive, le wahhabisme. Sa version de l'islam est caractérisée par une interprétation extrémiste du Coran et des autres textes sacrés musulmans et par le rejet total et violent de toutes les autres religions, y compris des autres branches de l'islam, tels le chiisme, les druzes, les yazidis et bien d'autres. Le comportement sauvage déployé par Dae'ch dans l'exécution des prisonniers, le kidnapping des femmes pour les mettre en esclavage sexuel, les génocides contre les chrétiens dans des régions où ils vivaient depuis des siècles ont leurs racines dans cette version diffusée par l'Arabie Saoudite. Et beaucoup des écrits de ce courant sont publiés et diffusés depuis ce pays.
Il est difficile de dire la vérité à propos de ce qui arrive en raison du rôle clé que l'Arabie Saoudite ajoué en procurant du pétrole au monde développé. Aussi les prévarications de ce pays ont-elles été négligées par l'Ouest dans un tacite agrément qui assurait une fourniture régulière de pétrole en échange du silence, dans le déni de ce qui arrivait. La même chose se passe ailleurs, par exemple à Bahreïn, où l'autocratique famille royale proche de l'Arabie Saoudite oppresse et maltraite la majorité chiite. Les États-Unis ont soigneusement évité de dénoncer la situation, parce que Bahreïn autorise une base navale américaine sur son territoire, à quelques kilomètres des plages d'Iran.

Quelles sont les clés d'une campagne de lutte idéologique contre l'islamisme djihadiste ?


Dae'ch a prouvé son efficacité en diffusant ses messages par les médias sociaux. L'énorme pouvoir de persuasion de ce moyen fut démontré durant la campagne de 2008 entre Barack Obama et John McCain. Dae'ch a retenu cela et les médias sociaux sont devenus son moyen principal de persuasion pour diffuser ses messages et défier les codes communs de l'humanité en postant des vidéos d'exécutions abjectes, de décapitations, de crucifixions de chrétiens, de lapidations. Cela avec l'idée de projeter une image terrifiante qui effraye l'adversaire, facilite les victoires militaires et exerce une gigantesque attraction sur certaines personnes fascinées par le masochisme et l'absence de peur de Dae'ch.

La réponse de l'Ouest a été lente, molle et sans inspiration. Cela, en partie, en raison de la peur d'offenser les musulmans en agressant et attaquant fortement les distorsions de l'islam, comme ce wahhabisme protégé et propagé par l'Arabie Saoudite, proche allié de l'Ouest. L'Ouest et les États-Unis ont craint de dire la vérité à propos du terrorisme et de ses racines et même d'utiliser l'expression "extrémisme islamique", ce qui est fondé sur la difficulté mais aussi sur la peur d'aborder la situation clairement. Des événements comme la fureur de nombreux musulmans face aux caricatures du prophète Mahomet publiées au Danemark, les meurtres de CharlieHebdo et bien d'autres étaient destinés à imposer le silence à toute critique et à toute analyse sans fard sur certains aspects de la vie de Mahomet et de l'expansion de l'islam. Ils ont effrayé l'Ouest. Aux États-Unis, les catholiques sont une minorité contre laquelle n'importe qui peut lancer des insultes, des plaisanteries dégradantes et des contrevérités en toute impunité, ce n'est pas le cas pour l'islam, même si ce qui est dit peut être historiquement correct.

Les partisans de l'islam, même s'ils ne sont pas partisans de Dae'ch, sont extrêmement protecteurs de leur religion et de leur Prophète. Ils n'autorisent pas une discussion raisonnable et objective de leur histoire et de leur message religieux. Les violents énoncés contenus dans leurs textes sacrés sont minimisés ou leur existence déniée ou bien encore attribuée à des autorités religieuses secondaires.

Or, aucune campagne médiatique ne réussira à annihiler le message de Dae'ch et du wahhabisme tant que l'Ouest n'aura pas le courage de dire la vérité à propos de certains aspects de l'islam. Il faut être prêt à supporter et à protéger les théologiens musulmans modérés et les leaders religieux qui veulent engager une discussion rationnelle et selon la vérité à propos des erreurs passées et des excès de leur religion et qui dénoncent le violent courant de l'islam qui prévaut aujourd'hui.  

Source Valeurs Actuelles Propos recueillis par Yves Roucaute

Plus: Terrorisme Islamique en France vue du Japon

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