vendredi, décembre 30, 2016

Cessez-le-feu en Syrie : la revanche de Vladimir Poutine


Après quatre années de guerre et bien des trêves avortées, un cessez-le-feu a été instauré dans la nuit en Syrie. C'est une éclatante victoire diplomatique pour Poutine. Et quoi qu'on pense du président russe, on ne peut que se réjouir, juge ce vendredi matin la presse.
« Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan faisant taire les armes s'offrent une paix retentissante, assure ainsi Denis Daumin, de La Nouvelle République du Centre-Ouest. C'est un immense succès diplomatique, d'autant plus grand qu'il se scelle sur le dos d'un grand absent, l'Amérique et subsidiairement ses coalisés. Voici le tsar et le sultan biffant les conditions de cet accord improbable et redessinant, déjà peut-être, les frontières de ce Levant perpétuellement déchiré. [...] Le président russe savoure sa victoire. Garant de la paix ou maître du monde, il n'a jamais si bien porté son prénom, Vladimir, qui dans sa langue désigne les deux choses à la fois. »








Revanche

Au Moyen-Orient, la Russie a désormais beaucoup d'atouts dans son jeu, alors que les Occidentaux y sont affaiblis, constate aussi Jean-Dominique Merchet dans L'Opinion. Moscou parle avec les acteurs essentiels : la Turquie, l'Iran, l'Égypte, Israël. [...] Grâce à son intervention militaire, Vladimir Poutine est en position de force et il cherche manifestement une issue politique. Celle-ci devra ménager les intérêts de chacun, l'Iran notamment. Dans cette situation, il serait inconscient de souhaiter un échec du président russe au nom de nos rancœurs. Ne nous en déplaise, il est le seul à pouvoir, peut-être, faire que « les armes se taisent » en 2017. »

Dans Sud-Ouest, Bruno Dive ne peut que souligner le contraste entre ce succès russe et l'aveu d'impuissance de l'Amérique au Proche-Orient : « Tandis que John Kerry dressait le constat de l'impuissance américaine dans le conflit israélo-palestinien, Moscou, Ankara et Téhéran annonçaient un cessez-le-feu en Syrie. C'est bien sûr une bonne nouvelle, après des années de combats sanglants dont le martyre d'Alep fut le point d'orgue. Ce cessez-le-feu ne concerne pas les organisations djihadistes, et surtout pas l'État islamique, ce qui laisse espérer que la Russie va enfin porter le combat contre l'EI. Mais [...] cet accord marque un impressionnant retournement de situation, un changement essentiel dans le rapport de force entre grandes puissances au Proche-Orient : les États-Unis et les Européens sont comme sortis du jeu ; c'est le grand retour des Turcs et surtout des Russes, avec un Vladimir Poutine qui tient là sa revanche. »

Chacun pour soi

« Pendant que les Occidentaux discutent encore du sexe des anges, Poutine et Erdogan tiennent à faire la démonstration qu'ils font le job », note Jean Levallois, de La Presse de la Manche. Et l'éditorialiste de constater, que « Poutine poursuit sa stratégie de maîtrise de l'espace, c'est-à-dire d'influence sur de nouvelles régions du monde, en évacuant progressivement les Occidentaux ». Même analyse de la part de Xavier Brouet, du Républicain lorrain. Même si ce dernier juge que, pour rétablir une paix véritable en Syrie, « les difficultés » commencent : « Exit le tapis de bombes, Poutine devra jouer une autre partition s'il veut réconcilier les protagonistes et concilier les antagonismes régionaux. Dans cette paix armée, il pourrait y avoir pire écueil que le sort de Bachar al-Assad. »

Même constat de Jean-Louis Hervois dans La Presse de la Manche qui juge lui aussi qu'« il sera plus difficile de reconstruire la Syrie que d'envoyer l'aviation bombarder Alep ». Un constat qui se teinte d'amertume devant cette défaite des idéaux occidentaux : « Plus que la paix, c'est le silence que la Russie veut installer sur le pays avec la complicité d'Assad, ajoute-t-il. Le rêve de démocratie et de justice n'était donc qu'une illusion naïvement entretenue par l'Occident. [...] Le réalisme poutinien devrait trouver un écho bienveillant partout en Europe où on tiendrait à se préserver des souffrances du monde, jusque chez Trump, adepte déclaré des méthodes « cash » et du chacun pour soi. »

Source: Le Point
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