vendredi, novembre 18, 2016

Service public, vie des entreprises, investissement : des pistes contre le FN

Des économistes apportent des propositions pour contrer le populisme du FN. (source: l'Obs)

Après l'appel pour un sursaut européen face aux populismes, les contributions de Martine Aubry, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Najat Vallaud-Belkacem, voici les propositions du secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, des économistes Jézabel Couppey-Soubeyran et Mathieu Plane, du conseiller  Jean-Paul Betbèze, et des anciens ministres Corinne Lepage et Thierry Breton.


Martine Aubry : "A gauche, nous devons être les combattants de l’égalité"

Assurer un service au public sur l’ensemble du territoire par Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT

Il y a en France une vraie fracture territoriale qu’il ne faut pas négliger et qui fait le lit du Front national. Ce sentiment de délaissement est palpable dans toutes les zones qui n’ont pas accès au progrès. Et je ne parle pas du smartphone, mais du progrès social. La première mesure à prendre serait donc d’assurer un service au public sur l’ensemble du territoire (accès aux soins, centres de vie, services de proximité, etc.) qui soit efficace.

Ce serait là un des moyens de lutter contre cet abandon qu’éprouvent un grand nombre de personnes dans les villes petites ou moyennes. Ces gens ont trop souvent l’impression que tout se passe dans les grands centres urbains. La solidarité d’accompagnement que constituent les aides et autres allocations ne suffit pas. Face aux mutations écologiques, technologiques et numériques, il est indispensable de montrer qu’il y a un progrès humain et social. Donc, que l’on arrête de gouverner avec des chiffres et des courbes statistiques. Donnons aux citoyens la possibilité de peser sur leur destin en commençant par réduire les inégalités. C’est comme ça qu’ils reprendront confiance.

Recueilli par Denis Demonpion

Une relance européenne et des règles pour la finance

Par Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste, université Paris-I Panthéon-Sorbonne & CEPII *
(HAMILTON/REA)
C’est d’abord au désespoir économique et social qu’il faut remédier pour enrayer la montée du populisme. La tâche est encore plus grande en Europe, où le choix de l’austérité n’a fait qu’amplifier les conséquences de la crise financière de 2007-2008. De ce point de vue, l’Europe et chacun de ses Etats membres ont besoin d’une relance mobilisant tous les leviers pour réaliser des investissements d’avenir dans l’éducation, la santé, la transition écologique, l’agriculture biologique… Le long terme doit redevenir l’horizon de l’action publique et privée.
Ensuite, le populisme progresse parce que nos démocraties sont malades. Elles souffrent de ce que des intérêts sectoriels – je pense tout particulièrement à celui du secteur bancaire et financier – ont pris le pas sur l’intérêt collectif. La capture de nos institutions par ce secteur en particulier empêche de réformer la finance, dont les excès dévorent nos économies. Une mesure concrète pour lutter contre cette capture : interdire les "allers-retours" entre le secteur financier et la haute fonction publique.
Recueilli par Sophie Fay
(*) Auteure avec 137 autres économistes de "Sortir de l’impasse" (Les Liens qui libèrent).

Simplifier la vie des très petites entreprises

Par Jean-Paul Betbèze, conseiller économique du cabinet d’audit et de conseil Deloitte
De mon point de vue, il faut baisser les impôts des entreprises et simplifier la vie administrative des PME et des TPE, les très petites entreprises, car le danger, c’est le mécontentement profond qu’on sent dans les petites villes, dans les zones reculées. La grogne monte parmi les commerçants, les paysans et dans les PME. Il faut donc rassurer ces patrons, ceux qui emploient moins de dix salariés et qui représentent la moitié des entreprises françaises.
Si on améliore leur vie, on aura lutté contre le populisme. Ils sont en difficulté, et leurs marges sont faibles. Ce sont des patrons qui ne gagnent pas beaucoup d’argent, et si on les aide, on aide aussi leurs salariés. Mieux vaut les aider directement, plutôt que créer des mécanismes qui baissent les charges, comme le CICE. Une aide directe serait bien plus utile pour lutter contre les angoisses, celles qui ont conduit au Brexit par exemple.
Recueilli par Claude Soula

Réduire les inégalités et relancer massivement l’investissement par Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, conseiller d’Arnaud Montebourg

Il est urgent de mettre en place une politique économique tournée sur le plein-emploi et la réduction des inégalités. Cela nécessite de réformer les traités européens de façon à les réorienter vers ces deux objectifs. Jusqu’à présent les politiques néolibérales n’ont pas créé la prospérité attendue, elles ont fait de nombreux perdants et créé des déséquilibres importants.
Dans un contexte de taux d’intérêt très bas, il faut relancer massivement l’investissement, que ce soit dans les infrastructures (très haut débit, transports, eau, déchets…), la transition énergétique ou l’éducation. Il faut mettre en place une fiscalité européenne sur le capital et les bénéfices des sociétés, et créer un Parlement de la zone euro pour démocratiser les décisions économiques et se donner une chance de sortir de l’impasse actuelle.
Recueilli par S. F.

Lutter contre la captation du pouvoir  par la classe politique par Corinne Lepage, avocate, ex-ministre de l’Environnement (1995-1997) (*)

Pour éviter la "trumpisation", il faut s’attaquer aux causes. La première d’entre elles est le rejet de la captation du pouvoir par la classe politique. La première mesure à prendre est donc d’ouvrir les portes et les fenêtres et de s’engager à ce que 50% au moins des ministres et des membres des cabinets ministériels soient des personnes venues la société civile.
Dans le même temps, le candidat doit s’engager à ce que le statut des politiques (ministres, parlementaires, élus) soit aligné sur le statut général des Français en ce qui concerne la fiscalité, la retraite, le droit pénal, etc. La Cour de Justice de la République doit être supprimée, et tout élu mis en examen pour des raisons touchant à la probité doit voir son mandat suspendu, et cela afin que les procédures ne traînent pas éternellement. Enfin, pour toutes les décisions à impact territorial, la coconstruction doit devenir la règle afin d’éviter les projets absurdes et les contentieux à rallonge.
Recueilli par S. F.
(*) Auteure de "Tous président !" (Les Liens qui libèrent).

Un fonds européen pour la dette de la Défense par Thierry Breton, PDG du groupe Atos, ex-ministre de l’Economie (2005-2007), et soutien d’Alain Juppé


Les Français et les Européens ont peur du déclassement. Peur pour leur avenir en raison du déficit de croissance et de la perte de visibilité dus, notamment, au surendettement du pays. Ils ont par ailleurs un sentiment croissant d’insécurité. Mon projet de fonds européen répond à ces deux préoccupations majeures qui nourrissent le populisme. Le fonds rachèterait l’ensemble des dettes de chaque pays de la zone euro liées à leur défense. Il reprendrait ainsi 730 milliards à la France, 560 milliards à l’Allemagne, etc. Abondé à hauteur de 1,2% de PIB de chaque pays, il serait financé par des obligations à 50 ans à des taux historiquement bas.

Le fonds rembourserait par ailleurs jusqu’à la moitié des futures dépenses de Défense de chaque Etat dès lors qu’elles sont mutualisables au niveau européen, sans que chacun renonce à sa souveraineté. L’endettement de la France retomberait de 95% à 62% du PIB. Nous retrouverions les moyens d’investir pour l’avenir, de financer la croissance, les réformes et la redistribution. La dette revenue à un niveau supportable, chacun, en vérité, pourrait reprendre en main son destin, rassurer l’ensemble de ses citoyens tout en ayant renforcé la défense européenne commune.
Recueilli par C. S.

Source: tempsreel.nouvelobs.com



2 commentaires:

  1. Comme d'habitude, on est en plein délire idéologique et on se débarrasse d'une réflexion à bon compte (celui qui consiste à seulement déclarer et à ne jamais mesurer) lorsqu'un L Berger prône un accès aux services publics dans "toutes les zones qui n’ont pas accès au progrès". Sans limite bien entendu, ni sur ce qui devrait réellement relever du service public, ni sur la géographie à laquelle il pense. J'irai jusqu'à dire que c'est n'importe quoi et indigne d'un responsable syndical car selon le principe recommandé, qu'est ce qui interdirait à la moindre commune de 10 habitants de se voir refuser les services en question. Sinon il faudrait que L Berger nous indique à partir de quel principe contraire ou de combien d'habitants la règle s'appliquerait ou non. L'économie ? on y revient, alors que Mr L Berger se dit fatigué des calculs comptables et des statistiques. Les socialistes ont toujours eu du mal avec la réalité et ne sont jamais à une contradiction près..

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