lundi, novembre 07, 2016

Présidentielle américaine : un système électoral complexe qui remonte au XVIIIe siècle

Par le jeu du suffrage universel indirect, les aspirants à la Maison-Blanche doivent obtenir la majorité des suffrages dans chaque État pour emporter l'ensemble des voix des grands électeurs.

Lorsque 130 à 140 millions d'électeurs américains (sur 200 millions d'inscrits) se rendront aux urnes mardi - en réalité, 35 à 40 millions d'entre eux ont déjà exprimé leur suffrage par correspondance ou anticipation -, ils ne voteront pas directement pour le candidat de leur choix. Aux États-Unis, en effet, l'élection présidentielle se joue au suffrage universel indirect. Les présidents ne sont pas élus en fonction du nombre de votes populaires reçus, mais par des grands électeurs nommés par leur parti. Un système qui remonte au XVIIIe siècle.

Chaque État dispose d'un nombre de grands électeurs équivalant au nombre de ses sénateurs (invariablement deux par État) et députés à la Chambre des représentants. À l'heure actuelle, on compte ainsi 538 grands électeurs, ce qui équivaut à la somme des 100 sénateurs (2 par État) et des 435 représentants, auxquels il faut ajouter, depuis 1964, trois électeurs du district de Columbia. La Californie, l'État le plus peuplé, en a le plus grand nombre, 55, tandis que l'Alaska, le Wyoming, le Montana, le Delaware, le Vermont et les deux Dakota en ont le plus petit, 3.

Il suffit pour les aspirants à la Maison-Blanche d'obtenir la majorité des suffrages dans chaque État pour emporter l'ensemble des voix des grands électeurs (sauf dans le Maine et le Nebraska qui les distribuent proportionnellement aux votes). Si, par exemple, Hillary Clinton remporte 51 % des scrutins en Californie, elle raflera automatiquement les 55 voix des grands électeurs.

C'est la raison pour laquelle la Californie, en majorité démocrate depuis des lustres, ne représente jamais un enjeu dans la course à la Maison-Blanche. Comme le résume Nathalie Highley, une Franco-Américaine de Los Angeles qui a décidé de voter «blanc»: «De toute façon, mon vote ne changera rien.» Tout le contraire de ce qui se passe dans les États indécis comme la Caroline du Nord, le Nevada, la Floride, l'Ohio, l'Arizona, le New Hampshire, le Colorado, pour ne citer qu'eux, où chaque voix compte.

Après le vote de mardi, les grands électeurs se réuniront ensuite dans la capitale de leur État respectif le premier lundi après le deuxième mercredi de décembre, qui tombe cette année le 19 décembre, pour élire officiellement le président et le vice-président des États-Unis. Pour remporter l'élection, il faut que le candidat obtienne 270 voix. Dans le cas, très rare dans l'histoire, où aucun des deux candidats ne les obtiendrait, la décision revient alors au Congrès.

Dans cette élection sans précédent que Donald Trump n'a cessé de dénoncer comme «truquée» - s'il n'en sort pas lui-même victorieux -, un «raté» pourrait résulter d'une déficience des machines à voter, utilisées dans 32 États. Qu'en est-il vraiment? Est-il possible de truquer les élections? Selon les experts, une triche serait très difficile à orchestrer par l'un ou l'autre parti, en raison de leur surveillance mutuelle.

La presse américaine a bien fait état de bugs dans plusieurs États, dont le Nevada, le Texas et la Caroline du Nord où des électeurs se sont plaints d'avoir sélectionné un candidat sur l'écran tactile pour voir apparaître le nom de son adversaire comme celui qu'ils venaient de choisir.

Mais dans la majorité des cas, ils ont réussi à corriger l'erreur qui résultait d'un dysfonctionnement de la machine plutôt que d'une fraude. Comme le souligne l'expert Larry Norden, «si l'erreur venait d'une triche, elle n'apparaîtrait pas sur l'écran!» Pourtant, certains États comme le Texas, la Floride, l'Indiana, le Kentucky, le Tennessee, la Pennsylvanie et la Virginie sont problématiques: leurs machines ne laissent aucune trace papier permettant de vérifier un vote contesté.

Les autorités concernées affirment que les machines sont testées et recalibrées chaque jour. Le problème est que la majorité d'entre elles sont à la limite de l'obsolescence. Leur technologie est dépassée et le matériel usé. Et dans certains cas, un vote erroné peut aussi être le résultat d'une maladresse ou tout simplement d'une faute d'inattention.

Source Figaro Armelle Vincent

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