lundi, janvier 02, 2017

Nuit de fête et... de rébellion contre les forces de l'ordre : qui respecte encore l'autorité en France ?

Depuis plus de dix ans, la France connaît une grave crise de l'autorité, qui se traduit notamment par de violentes agressions contre des policiers, des pompiers, mais également contre des enseignants, etc.

Atlantico: Au cours de la nuit de la Saint-Sylvestre, 300 interpellations ont eu lieu pour des agressions contre les forces de sécurité en France. Face à ce constat, comment peut-on juger du manque de respect de l'autorité dans notre pays ? 

Yves Roucaute: Ces voitures brûlées, malheureusement dans les zones habituelles, est un phénomène tragiquement coutumier. Un certain nombre de ces attaques contre des biens appartenant à des particuliers sont, là aussi de façon coutumière, des pièges dressés pour agresser les policiers, y compris de façon très violente, avec probablement l’intention de tuer. Si l’on prend l’exemple de ce qui s’est passé à Neuhof, quartier situé au sud-est de Strasbourg, on a une voiture brûlée, une intervention de la police, puis des tirs de mortier contre les forces de l’ordre ; à Vannes, une voiture est brûlée, les pompiers interviennent, puis sont ensuite caillassés. Il y a donc, dans ce type d’acte, à la fois la volonté de s’attaquer aux biens des « Français ordinaires », mais aussi celle d’attaquer les forces de l’ordre. Je crois que la France est le seul pays en paix civile au monde où une partie de la population – infime heureusement – se permet d’attaquer les forces de l’Etat sans être immédiatement et violemment sanctionnée.

Cette situation est grave, et est le symptôme d’une crise d’autorité sans précédent. Celle-ci, qui existe depuis plus de dix ans maintenant, dégénère de plus en plus ; il est désormais courant d’attaquer des policiers. Quand on lance des pétards contre les policiers, comme cela a été le cas dans un certain nombre de villes, c’est bien entendu pour les meurtrir, et non pour faire la fête.

Tout ceci prouve – et on ne cesse de le répéter – qu’il est indispensable que l’Etat reprenne pieds dans ces cités, et agisse avec détermination afin d’effrayer ces forces hostiles à la République. Visiblement, les mesures prises jusqu’à présent ne sont pas dissuasives ; nous ne sommes pas parvenus à instaurer cette dissuasion ni dans les cités, ni dans les prisons d’ailleurs. Cette crise française n’est pas prête d’être résorbée s’il n’y a pas une volonté de l’Etat de reprendre en mains l’ensemble du système français, de la petite délinquance jusqu’aux graves agressions contre les forces de l’ordre, et même allons plus loin, jusqu’au problème du terrorisme. Comment pourrons-nous rendre efficaces demain les actions prises pour lutter contre le terrorisme si on ne commence pas par s’attaquer à la petite délinquance qui engage une chaîne d’irrespect de la loi? Il y a clairement une gradation qui s’opère. Dans l’esprit d’un certain nombre de jeunes qui attaquent la police, ils ne voient plus l’interdit, qui doit absolument être rétabli.

On se trompe depuis longtemps sur ce qu’il faut faire pour endiguer l’islamisme et le terrorisme. Sanctionner un islamiste, c’est attaquer la conséquence, pas la cause. Idem pour un terroriste. Demain, un autre islamiste remplacera l’islamiste sanctionné, en imaginant que les sanctions le dissuadent, ce qui n’est pas avéré. De même, un autre terroriste remplacera le terroriste éliminé. Ce qu’il faut, c’est arrêter la production de tels êtres immondes, et donc s’attaquer à la production des idées qui les entraînent dans l’abjection.

Ce manque de respect de l'autorité en France ne concerne pas seulement les forces de l'ordre, mais aussi les enseignants, les politiques, etc. Dans ces conditions, qui est encore capable de se faire respecter/d'assurer le respect de l'autorité en France ?

Clairement, le gouvernement a pris un certain nombre de mesures afin de faciliter la tâche des policiers, en vue de rétablir l’ordre. Toutefois, on voit bien – et cette nuit de la Saint-Sylvestre le montre encore – que cela ne suffit pas. On s’attaque là à des épiphénomènes : ce n’est pas parce que les policiers seront mieux protégés que la population le sera également. Bien évidemment, la police doit être mieux protégée, mais pour que la population le soit aussi, il faut absolument des mesures d’ordre public. Il faut donc revenir à la politique, mettre en œuvre un véritable changement stratégique.

Malheureusement, il conviendra d’attendre la prochaine présidentielle pour voir la victoire d’un candidat qui sera capable de mener à bien cette reconquête de notre territoire, et surtout la reconquête des esprits. Cette dernière passe par l’assimilation de nos valeurs et de nos coutumes pour un certain nombre d’habitants de notre pays qui ont oublié là où ils se trouvaient et les devoirs qui leur incombait.

Ceci conduit à mener une politique répressive qui puisse être dissuasive : ainsi, quand quelqu’un réalise un tir de mortier contre les forces de police, il doit savoir qu’il risque sa vie en menaçant la vie des policiers; s’il ne le sait pas, nous allons alors faire face à un problème que tous les sociologues connaissent quand ils ne sont pas des idéologues: quand des individus ne font qu’un, deux ou trois mois de prison, ils sortent auréolés de cette peine, devenant ainsi les héros d’un certain nombre de groupes dans les cités. Quand on songe que dans certaines d’entre elles, après l’attentat contre Charlie Hebdo et celui contre l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, des individus ont fêté ces évènements – de même que dans certaines prisons, on imagine la difficulté qu’il va y avoir à prendre les mesures nécessaires pour dissuader ces gens définitivement.

Et laissons là ces sociologues idéologues qui ignorent que la répression est un élément de la prévention, et que toute civilisation se construit aussi sur la répression des pulsions, en particulier de mort. Tous les parents savent cela.

Je pense que nous ne nous rendons pas compte à quel point nous avons besoin d’une politique lucide. Il faut rappeler ce qu’est la France, ses valeurs, ses traditions, ses coutumes, et faire en sorte que la loi reste la loi républicaine. Il y a vingt ans, quand des voitures étaient brûlées, cela n’était pas lié à des processus de violence islamiste. Actuellement, il faut bien comprendre qu’il existe une chaîne de la criminalité, commençant par la petite délinquance et qui se termine par le terrorisme, même si les petits délinquants ne finissent pas terroristes, mais seulement une infime minorité, bien évidemment. Il suffit d’étudier les cursus des terroristes pour voir que 90% d’entre eux sont des voleurs, violeurs, dealers, assassins, des crapules sans foi, ni loi, qui ont finalement endossé les habits islamistes pour se donner une conscience et simuler une vertu.

Cette chaîne doit être brisée, et pour cela, il convient de sanctionner durement, dès la petite délinquance, les familles, les individus, de façon à ce que les enfants sachent qu’il y a de l’interdit et qu’ils l’intègrent. Il faut sanctionner tout aussi sévèrement les comportements salafistes qui sont la porte d’entrée de la bataille idéologique de nos ennemis en période de guerre.  Certains quartiers de nos banlieues, comme à Trappes, sont littéralement aux mains des salafistes, ce qui signifie que l’ordre républicain ne règne plus, que la France n’est plus là, que le recrutement des ennemis de la France a table ouverte. Il faut reprendre pieds dans tous les territoires et tous les esprits du pays grâce à une politique offensive. La loi seule ne pourra pas changer les choses : il faut également une nouvelle politique éducative, familiale, sociale, le contrôle des quartiers. il nous faut un Clémenceau qui saura désigner l’ennemi, prendre les mesures contre lui, et un Charles de Gaulle qui saura reconstruire l’école et la faille sur le socle des valeurs républicains communes. Espérons pour cette nouvelle année que le joli printemps nous apportera, avec un nouveau président, cette voie du redressement.
Yves Roucaute est philosophe. Agrégé de philosophie et de sciences politiques, il enseigne à la faculté de droit de l’université de Paris-X.
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Source: atlantico.fr Publié le

1 commentaire:

  1. pense t on vraiment que le combat permanent de nos "chefs" putatifs peut concourir à un minimum de respect de "l'autorité"?
    le cirque politique et médiatique en continu et sans limite, ne serait qu'un minimum de courtoisie, a toutes chances de contribuer sérieusement à une perte générale de tous repères sociaux.
    le "clémenceau" n'a guère de chances de fonctionner dans la cacophonie ambiante... surtout s'il en a été un des acteurs majeurs!

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