2020: Macron versus LePen un élection pliée d'avance?

Maxime Tandonnet: «La présidentielle de 2022? Aucun suspense, tout est joué, vous dit-on!»  Les sondages font l'opinion!
Auteur de nombreux ouvrages salués par la critique, Maxime Tandonnet a notamment publié «André Tardieu. L’incompris» (Perrin, 2019,400 p., 23,50 €).
Déjà, les sondages sur la future élection présidentielle, deux ans et demi à l’avance, se suivent et se ressemblent. Le dernier, Elabe-BFMTV, conforte la tendance observée à maintes reprises. Les intentions de vote donnent une avance considérable au duo de tête, M. Macron et Mme Le Pen, prêtant à chacun d’eux un score oscillant entre 27 et 29 % au premier tour. Leur premier adversaire, M. Mélenchon, se situe loin derrière, à 13 %, le candidat de droite quelle que soit la personnalité testée, M. Bertrand ou M. Baroin, ne dépassant pas les 10 %. La déferlante des sondages en vue de la présidentielle, à la fois reflet et outil de façonnage de l’opinion, ne fait que commencer, mais les experts sont formels: le second tour de 2022 devrait opposer M. Macron à Mme Le Pen.

Or, le duel annoncé, reproduisant celui de 2017, débouche sur la probabilité d’une réélection de M. Macron. Malgré le maintien à un niveau élevé de Mme Le Pen et du RN (ex-FN) dans les sondages, leur image demeure beaucoup trop clivante et inacceptable aux yeux d’une vaste majorité de Français pour que ce parti ait une chance sérieuse de franchir la barre des 50 %. La candidate lepéniste n’avait d’ailleurs pas atteint 34 % des suffrages au second tour de 2017. Le même effet repoussoir et la logique implicite du «front républicain», même affaiblis en cas d’usure du président sortant, joueront en 2022. Autant dire que, deux ans et demi à l’avance, le message médiatique et sondagier dominant est celui de la réélection de M. Macron à la faveur de son duel inévitable avec Mme Le Pen.
Le bilan d’un demi-quinquennat est jugé défavorablement par le pays, autant sur le plan économique et social que régalien
D’ailleurs, tous les faits et gestes du pouvoir élyséen et une partie des médias vont désormais ancrer ce scénario dans l’inconscient collectif, le seul qui garantit (ou presque) une réélection. Les deux ans et demi à venir verront s’accentuer la dérive de la vie politique dans le spectacle romanesque d’une lutte à mort entre le bien post-national, incarné par le chef de l’État dans un rôle de rempart, et le danger «nationaliste» que personnifie, suivant cette logique, la candidate lepéniste. Et l’issue de cet affrontement caricatural, titanesque au point d’effacer le fond des sujets, ne fait guère de doute.
Or, le paradoxe d’un tel schéma est que les Français ne paraissent pas souhaiter la réélection de M. Macron en 2022. Selon le même sondage, 62 % estiment que son élection en mai 2017 fut une «mauvaise chose». Les faits ont démenti la prédiction de Frédéric Mitterrand qui voyait alors la France tomber «amoureuse de son jeune président». La confiance est toujours en berne. Le bilan d’un demi-quinquennat est jugé défavorablement par le pays, autant sur le plan économique et social que régalien. Les mythes fondateurs d’En marche!, «le nouveau monde», «la transformation de la France», «l’exemplarité», n’ont pas résisté à l’usure du pouvoir. La mode de l’optimisme a laissé place à un climat malsain de chaos social, de défiance généralisée, de dégoût envers la chose publique et d’angoisse devant l’avenir.
La victime de ce scénario a un nom: celui de démocratie. Quel est le message qu’on adresse à la France, deux ans et demi à l’avance: tout est bouclé, plié, emballé, verrouillé, décidé à l’avance. Le résultat de 2022 sera quoi qu’il arrive, même si vous n’en voulez pas, la copie conforme de celui de 2017. Dans notre système - foncièrement antirépublicain sur ce plan - où la présidentielle conditionne les législatives, réduites à n’être qu’un appendice de l’élection élyséenne, où la personnalisation narcissique du pouvoir écrase le débat d’idées et le bien commun, toute incertitude est réduite à néant et le destin électoral de la France tracé à l’avance.
Les deux ans et demi qui viennent seront riches en enseignements sur l’état moral et intellectuel de la nation
Mais alors, à quoi bon parler de suffrage universel? À quoi bon se rendre aux urnes? Il ne faudra pas s’étonner que 70 % des Français pensent que la démocratie «ne marche pas», que 81 % d’entre eux n’aient pas d’espoir en la politique (Cévipof 2019), que les taux d’abstention, de suffrage en suffrage, pulvérisent tous les records.
Bien sûr, l’expérience montre que généralement, les élections nationales (présidentielle et législatives), ne se déroulent jamais comme prévu. Les événements les plus imprévisibles peuvent naturellement survenir et chambouler la donne. Cependant, aujourd’hui, la concordance des résultats des européennes et du martèlement obsessionnel des sondages, l’affaiblissement et l’émiettement des autres forces politiques suscitent une atmosphère particulière, empreinte d’un déterminisme et d’un fatalisme électoral qui n’ont guère de précédent.
En 2022, la France a pourtant rendez-vous avec elle-même et avec son heure de vérité. Ce pays est-il totalement anesthésié par plusieurs décennies d’effondrement du niveau scolaire, de déclin de la culture historique et politique, d’abrutissement médiatique, au point de se soumettre sans broncher à la voie toute tracée pour lui? Bref, la démocratie a-t-elle entièrement disparu, noyée dans la médiocrité ambiante? Ou bien demeure-t-il, dans les entrailles de la nation, une lueur de fierté et d’intelligence collective, une capacité de rébellion démocratique qui la poussera, contre toute attente, à déjouer le scénario morbide qui lui est promis et à faire émerger des candidats aujourd’hui imprévus? Les deux ans et demi qui viennent seront riches en enseignements sur l’état moral et intellectuel de la nation.
Source: Figaro Vox

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