mercredi, octobre 19, 2016

Cash investigation à Nice le nouveau Stade et Estrosi

L'émission d'Elise Lucet en replay pluzz



Cette émission reflète bien l'incompréhesion voire l'ignorance des français en économie; les français n'aiment pas les entreprises, ni le capital, ni le capitalisme; les français aiment les services et les dépenses publiques dont la gabegie depuis plus de 3 décennies ont conduit le pays dans la situation d'aujourd'hui. Tout est juste dans cette excellente émission du point de vue de la collecte des faits et données. Mais c'est l'interprétation qui est mauvaise: "Quand le privé s'enrichit sur le dos du public". Voilà toute l'orientation de l'émission. Je dis tout est juste sauf qu'il manque deux éléments qui auraient pu montrer le parti pris de "Cash Investigation". Le cours de comptabilité qu'Estrosi voulait donner, qu'il a peut-être donné mais que l'émission n'a pas retransmis; et les données sur la rentabilité du projet que le directeur financier de Vinci aurait pu donner lorsque le journaliste de l'émission lui a demandé lors d'une assemblée générale de Vinci.


Ce qui est en cause ici c'est la philosophie des partenariats publique privé PPP.  Je préfère dire Mélanges Public Privé. Car c'est bien d'un mélange de deux modèles d'entreprise complètement différents. On ne peut les combiner qu'en s'imposant des règles acceptables pour l'un comme pour l'autre par la loi et qu'elle soit respectée. Or le mélange conduit à sous estimer les risques et les incertitudes, à sur dimensionner les équipements, à sur estimer les recettes et à sous estimer les dépenses car chaque partie compte sur l'autre pour assurer l'équilibre de son propre modèle et de son calcul économique.

Pour le privé, avant de parler de profit, il faut préserver le capital investi. Le projet  commence toujours par son dimensionnement en fonction d'une durée de vie prévue, et  des recettes et dépenses liées à ce dimensionnement. Une fois la dimension choisie sur ces bases rationnelles, l'étude de faisabilité se conduit pour prévoir les équipements, en chiffrer les coûts d'investissements, puis estimer les coûts de fonctionnement, la commercialisation, les ventes et les recettes correspondantes. Et avec les données de l'étude de faisabilité, on fait une étude de rentabilité financière - sources et emplois de fonds - qui se résume par un taux de rentabilité des capitaux investis. Dans la pratique, il y a toujours confrontation des 3 parties - dimensionnement, faisabilité, rentabilité financière - pour atteindre l'optimum connsidéré par les décideurs du projet. Au final, c'est la rentabilité intrinsèque (*) du projet qui en est la contrainte, donc son financement. L'entreprise doit obligatoirement financer une partie importante #30% sur ses fonds propres, ce qui constitue son risque. Même avec des taux d'intérêt faibles sur les marchés comme actuellement en 2016 - et ce à condition que les banques veuillent financer  à ces taux -  le risque de perte de capital du fait des fonds propres engagés est élevé. C'est donc ce qui conduit le privé, dans un contrat PPP,  à obtenir des avantages de la partie Publique en matière d'augmentation de recettes et de diminution de dépenses. Tout ceci a été bien expliqué dans l'émission.
(*) la rentabilité intrinsèque c'est la combinaison du taux d'intérêt des emprunts et du rendement des capitaux propres.

Pour le public, la démarche devrait être la même; mais comme les contraintes du calcul économique ne sont pas celles du privé, le dimensionnement peut plus facilement être escamoté, les équipements surdimensionnés, les recettes sur estimées et les dépenses sous estimées. Le financement est la contrainte; il est lié à la capacité d'autofinancement de la collectivité, à la situation de son endettement, à la capacité fiscale, au niveau des impôts, et à la possibilité d'obtenir des subventions  d'institutions de niveau plus haut dans le mille feuilles administratif. La contrainte finale d'un taux de rentabilité n'a pas de sens et n'intervient pas. Mais la rentabilité c'est le taux d'intérêt des emprunts. Si les contraintes ci-dessus ne peuvent pas être surmontées, la collectivité doit renoncer à son projet.

C'est alors qu'intervient l'idée lumineuse des partenariats PPP. Chacun - Public et Privé - va poursuivre le projet avec son calcul économique propre. La ville de Nice a voulu un grand stade pour l'Euro 2016 et une réalisation politique prestigieuse pour son maire Christian Estrosi? On sur dimensionne le stade, dans l'optique de Nice Métropole d'avenir, de son maire et de l'Euro 2016 ,  on veut le mieux, le plus beau, les plus partout.  Le Public accepte!  pas de problème puisque c'est vous Privé qui payez.

Tout indique que le Privé dans ce contrat n'y trouve pas son compte car ils cherchent à multiplier les recettes - on aurait aimé connaître les données financières à l'issue de l'AG de Vinci - et que Nice ne trouve pas le sien.

En conclusion: Je pense qu'économiquement, un projet réalisé en MOP maîtrise d'Oeuvre Publique ou en PPP partenariat Public Privé  doit revenir au même. Car les deux impliquent l'appel à la concurrence sur le marché des entreprises et des acteurs économiques et des financements aux lois du marché (*). Le problème est le partage des risques du dimensionnement et de l'investissement, ainsi que des recettes et des dépenses,  entre le Privé et le Public. C'est bien là le sujet de l'émission - la thèse étant que le Privé s'est déchargé des risques sur le Public. La ville de Nice avait pour ce projet  une offre concurrente de Bouygues qui n'a pas été retenue.... car Bouygues avait curieusement augmenté son offre à la dernière minute.  Tout ceci est mentionné dans le rapport d'obesrvations de la Cour des Comptes. Ce projet gigantesque était sans doute trop  grand. Comme il est dit, il faudra 30 ans pour savoir si ce fut ou non une réussite ou une erreur.

(*) Je parle de rentabilité intrinsèque de l'ensemble c'est à dire recettes moins dépenses couvrant les investissements. Du point de vue du partage, il faut prendre en compte les intérêts côté Public (ou des banques prêteuses) et le rendement sur capitaux propres escompté par le Privé et établir les rendements de chacun. Tout cela relève du calcul économique de chaque partie Public et Privé.


Plus:
Rapport de la Cour des Comptes
Tout sur le Grand Stade de Nice

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