11/01/2020

Agnès Pannier-Runacher, la secrétaire d'Etat qui gagnait plus de 500.000 euros par an.... attention Conflits d'intérêts?

Difficile d'échapper à la suspicion de conflits d'intérêts  dans notre société où l'élite administrative formée à l'ENA navigue entre le privé et le public.


 Ex-directrice générale déléguée de la Compagnie des Alpes, la nouvelle secrétaire d'Etat à l'Economie était aussi membre de plusieurs conseils d'administration. De multiples conflits d'intérêts en perspective.
Inconnue du grand public, la nouvelle secrétaire d’Etat à l’Economie, Agnès Pannier-Runacher, représente, à 44 ans, la quintessence de la nouvelle noblesse d’Etat qui a pris le pouvoir avec Emmanuel Macron : ces hauts fonctionnaires habitués à "pantoufler" dans le privé, où ils perçoivent des rémunérations extrêmement élevées, qui, de retour dans l'Etat, se retrouvent souvent en situation de conflits d’intérêts.
Diplômée d’HEC, énarque (dans la même promotion qu'Alexis Kohler, aujourd'hui secrétaire général de l'Elysée), Agnès Pannier-Runacher a rencontré Emmanuel Macron en 2008 lors d’un déjeuner de son corps d’origine, l’Inspection des finances, dont le futur président est alors chef de mission, c’est-à-dire numéro deux. A l’époque, elle est directrice financière du Fonds stratégique d’investissement (FSI) créé par Nicolas Sarkozy. Purs produits de Bercy, "Agnès" et "Emmanuel" restent en contact. Si bien que, huit ans plus tard, quand le candidat Macron lance En Marche !, Agnès Runacher – dont le mari, Marc Pannier, lui aussi inspecteur des finances, est cadre dirigeant chez Engie – adhère au mouvement, dont elle devient la référente pour le 16e arrondissement de Paris. L'année suivante, en 2017, elle entre à la commission nationale d’investiture pour les élections législatives, présidée par Jean-Paul Delevoye. Le cœur de la macronie.

"Elle devra souvent se déporter"

Directrice générale déléguée de la Compagnie des Alpes, leader mondial des stations de sports d’hiver dont l’Etat contrôle plus d’un tiers du capital, Agnès Pannier-Runacher postule, après l’élection d’Emmanuel Macron, à la présidence de la RATP puis à celle de la Caisse des dépôts – en vain, malgré sa proximité avec le nouveau chef de l’Etat. A l’occasion du dernier remaniement, le 16 octobre, celui-ci la récompense enfin en lui offrant un maroquin à Bercy. Elle remplace Delphine Gény-Stephann, elle aussi ancienne haut fonctionnaire de Bercy, dont "l’Obs" a récemment révélé qu’elle était la ministre plus fortunée et qui est restée moins d’un an au gouvernement.
Le retour d’Agnès Pannier-Runacher dans l’Etat peut lui aussi s’avérer problématique. Elle est la ministre qui était la mieux rémunérée avant d’entrer dans l'équipe Philippe 3, où, en tant que secrétaire d’Etat, elle ne touchera "que" 114.000 euros brut par an, cinq fois moins que dans le privé. En effet, selon les rapports annuels de ces entreprises, elle a perçu, en 2017, 413.000 euros de la Compagnie des Alpes auxquels s’ajoutent des jetons de présence chez Bourbon, spécialiste des services maritimes à l'offshore pétrolier (45.000 euros), et chez Elis, un géant de la location et de l'entretien d’articles textiles et d’hygiène (57.500 euros) – soit plus de 500.000 euros par an. Ses revenus étaient du même ordre depuis au moins cinq ans. Sachant que sa rémunération comme administratrice de plusieurs filiales d’Eiffage, un groupe de construction et d’autoroutes, n’est, elle, pas publique. Elle a évidemment démissionné de tous ces postes le 16 octobre.
Reste que, dans son nouveau job au gouvernement, ces liens avec ces différents groupes, y compris Engie où son mari officie toujours, pourraient la placer, à de multiples reprises, en situation de conflits d’intérêts.
"Etant donnée sa carrière passée, reconnaît-on d'ailleurs à Bercy, elle devra souvent se déporter [c’est-à-dire ne pas prendre part à une décision]". Dans l’entourage de la nouvelle secrétaire d’Etat, on assure que l’on a pris la mesure du problème et que la liste des entreprises dont elle ne pourra s’occuper sera établie prochainement en lien avec la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.
Vincent Jauvert


Source: l'OBS nouvelobs.com par Vincent Jauvert Publié le 23 octobre 2018 à 14h45

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