28/08/2019

Nucléaire, gaz à effet de serre et changement climatique....

D'après un récent sondage, environ deux tiers des Français estiment que le nucléaire contribue au réchauffement climatique. Est-ce étonnant? Les détracteurs de l'atome le chargent de tant de maux qu'un aspect bénéfique devient incongru. Parmi ses partisans, les climatosceptiques évitent le sujet. Enfin, les documents officiels fournissent deux valeurs d'émissions de CO2 par kWh nucléaire très différentes et créent la confusion.
Energies renouvelables et nucléaire n'émettent pas de gaz à effet de serre lors de la production d'électricité. Ils provoquent de faibles émissions indirectes lors de la construction, la maintenance et le démantèlement des installations. Pour le nucléaire, il convient d'ajouter le cycle du combustible. Ces émissions indirectes varient largement suivant le contexte énergétique des pays et la technologie choisie. En conséquence, dans le cas de ces énergies, l'utilisation de moyennes mondiales d'émissions indirectes pour des installations particulières est problématique.

C'est pourtant à deux moyennes mondiales que se réfère le projet de Programmation Pluriannuelle de l'Energie pour évaluer les émissions du nucléaire français. L'une provient du GIEC( Groupe d'experts Intergouvernemental  sur l'Evolution du Climat) et conduit à une émission de 12 g de CO2 par kWh. 

L'autre moins favorable à l'atome, est de 66 g de CO2 par kWh. Elle émane de l'ADEME (Agence de Maîtrise de l'Energie) qui la tire d'une  étude de 2008, faisant la synthèse d'une vingtaine de publications. Mais une seule de ces publications mentionne les réacteurs français en les regroupant avec leurs homologues suisses et allemands. Les émissions estimées des réacteurs des trois pays vont de 7,4 à 14,3 g de CO2 par kWh,  largement inférieures à la moyenne mondiale citée de 66 g. Les émissions des réacteurs français et suisses occupent le bas de cette fourchette car  le parc allemand, suivant une autre publication citée dans la même étude est plus émetteur que les deux autres. Ce qui est logique car il a été construit dans un contexte énergétique généreux en émissions de gaz carbonique. Une lecture attentive de l'étude utilisée par l'ADEME conduit ainsi à écarter la moyenne mondiale de 66 g par kWh, pourtant préconisée par cette Agence et à admettre pour le nucléaire français des émissions bien plus basses. L'étude utilisée par l'ADEME est disponible:  http://nonuclear.se/files/sovacool_nuclear_ghg2008energy_policy.pdf

En tout état de cause, les deux chiffres actuels indiqués dans la PPE , 12 et 66 g par kWh nucléaire sont incompatibles, dénotent une  lacune d'information et ont provoqué des demandes d'éclaircissement. Le sénateur Gérard Longuet a posé une question au gouvernement( 21 février). Un citoyen, Jean-François Mezeix l'a fait le 16 mai, lors du débat national de l'énergie. Voici l'essentiel des réponses du Ministère de la Transition écologique et solidaire publiées respectivement les 18 juillet et 12 juin:

- Réponse au sénateur Longuet:(https://www.senat.fr/questions/base/2019/qSEQ190209117.html)  Le chiffre de 66 g par kWh "relève d'une erreur typographique" et "sera corrigée dans la version finale[ de la PPE]" qui "présentera deux valeurs : "12gCO2/kWh d'après le GIEC et 6gCO2/kWh d'après la base carbone de l'ADEME". Certes le simple tremblement intempestif d'un doigt peut transformer 6 g en 66 g dans un document officiel. Mais des esprits malveillants , se souvenant du peu d'enthousiasme de l'ADEME pour le nucléaire, penseront que cette Agence a mangé son chapeau et a du enterrer son étude favorite, mal lue et un peu ancienne, lui permettant d'affecter 66 g de CO2 par kWh nucléaire français. 

- A Monsieur Mezeix: (https://ppe.debatpublic.fr/electricite-nucleaire-12-ou-66-gc02kwh.).[Suivant le GIEC]"L'énergie nucléaire, au niveau mondial émet en moyenne 12 g de CO2 par kWh...mais au niveau français EDF (cité par l'ADEME...) et le CEA...s'accordent sur un niveau d'émissions moyennes ...de 5 à 6 g" car les émissions indirectes dues aux "transports de marchandises et déchets radioactifs et infrastructures" sont plus "faibles que dans les autres régions du monde". Si la moyenne mondiale du GIEC (12 g de CO2 par kWh) est inadaptée au cas français, pourquoi sera-t-elle maintenue dans la PPE?
La réponse présente les émissions du nucléaire et des renouvelables : 5,3 à 6 g par kWh pour le nucléaire , 10 g pour l'éolien, 32 g pour le solaire. Aucun chiffre pour l'hydraulique n'est mentionné . Sont ajoutées les émissions de CO2  correspondant à un kWh utilisant la combustion du charbon  1050 g, du fioul  778 g, et du gaz, 443 g.

Les réponses du Ministère montrent que le nucléaire français , avec des émissions de CO2 de 5 à 6 g par kWh est remarquablement adapté à la lutte contre le réchauffement climatique. Les émissions sont inférieures à celles de l'éolien et du solaire, pourtant très basses. Compte tenu de la place prise par l'avenir du nucléaire dans le débat démocratique actuel et de l'importance de la question climatique, une diffusion importante de ces données officielles s'impose. En particulier, les cent cinquante personnes tirées au sort pour discuter de la PPE devraient les trouver en bonne place dans le dossier qui leur sera remis. 

Pour notre part, par ce mail, nous  en avons informé nos lecteurs toujours plus nombreux.
 En effet le mois d'août 2019 est une date pour la lettre "Géopolitique de l'Electricité". Notre dernière publication, portant pourtant sur un sujet difficile "la curieuse augmentation des Tarifs Réglementés d'Electricité" nous a valu un nombre notable de demandes supplémentaires de réception. Ce qui a amené le total de ces demandes à dépasser pour la première fois le millier. La lettre "Géopolitique de l'Electricité" , par sa diffusion, a pris sa place parmi les autres publications francophones spécialisées dans l'énergie. Merci de votre confiance,

Source: Lionel Taccoen Directeur de la lettre "Géopolitique de l'Electricité. (http://www.geopolitique-electricite.com

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