jeudi, juillet 28, 2016

Mes réflexions après le "weekly briefing" du Guardian sur le Brexit 26//2016


A la lecture de ce briefing - accessible ici - je pense que le BREXIT va au delà de ce que les médias, les observateurs et politiques nous disent. Sortir d'un dispositif constitutionnel fixé par l'adhésion à un traité international n'est pas aisé. Le nouveau premier ministre britannique Theresa May dit ne vouloir commencer le processus en invoquant le fameux article 50 du traité de Lisbonne qu'après la fin de l'année 2016. Puis il y aura deux ans de négociations.... pour obtenir ce que le Royaume-Uni voudrait cad. un SOFT BREXIT... tandis que François Hollande et la Commission Européenne voudraient un HARD BREXIT.... et qu'Angela Merkel et l'Allemagne semblent tempérer. Le président de la commission européenne a nommé Michel Barnier comme négociateur pour l'UE.

L'Angleterre (puisque c'est là que le vote BREXIT l'a emporté largement) a adhéré à l'Europe (le 1/1/1973) pour ne pas être à l'écart: une demande formulée en 1966 qui n'a abouti que 5 ans après. Sa préférence pour une zone de libre échange, correspondant à son histoire dans la suite de son hégémonie mondiale jusqu'en 1914, de sa victoire aux côtés des États-Unis lors de la deuxième guerre mondiale, de la constitution du Commonwealth et de sa monnaie la livre sterling, a toujours été dominante. C'est la raison pour laquelle elle n'a pas pris le train de l'euro en 2000.

Dans les années 1960 avant l'arrivée de Margaret Thatcher, le pays était en grandes difficultés sociales, économiques et politiques et dut avoir recours au Fonds Monétaire International. C'est à cause de cette situation et de la prospérité relative des six pays fondateurs de la Communauté Économique Européenne, la CEE, que le Royaume-Uni a voulu  y adhérer dès 1966. Plusieurs refus par la France au sein des six - les cinq autres y étant favorables - ont empêché cette adhésion jusqu'en 1973. Et même ensuite, un référendum avait été organisé en 1975 pour que le peuple confirme cette adhésion. Le résultat du vote fut très majoritairement favorable à l'adhésion 67.23%.  Et curieusement c'est en Écosse et en Irlande du Nord que les gens étaient les moins POUR confirmer l'adhésion. Voir ici. C'est tout le contraire des résultats du BREXIT en 2016.

Mais quels énormes avantages l'Angleterre a tiré de l'Europe depuis son adhésion le 1er janvier 1973 - il y a 43 ans! Aujourd'hui la crise s'éternise en Europe depuis les subprimes en 2008; l'austérité imposée par l'Allemagne pour le respect des critères de Maastricht, l'afflux d'immigrants d'Europe de l'Est après la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'URSS, et maintenant les immigrants du Proche Orient liés à la guerre en Irak, en Syrie et l'émergence du prétendu État Islamique voulant rétablir le califat, tout cela contribue à l'affaiblissement de l'idée européenne. A quoi s'ajoutent les six élargissements ayant conduit à une Union Européenne de 28 membres .
Cela dit, sortir de l'UE peut entraîner le Royaume-Uni dans une récession. Car le pays dépend largement de l'Europe pour son commerce extérieur ainsi que pour la libre circulation des personnes: les immigrants d'Europe de l'Est contribuent à la production en fournissant de la main d'oeuvre à bas coûts, notamment dans l'agriculture et les industries agro alimentaires.

Nous vivons tous dans un système où le "pas cher" produit des effets qui deviennent de plus en plus délétères. Pour produire "pas cher", il faut accroître la productivité cad. produire autant ou plus avec une meilleure combinaison machines, organisation, main d'œuvre ce qui signifie en court, "moins de moyens". Dans un système où les salaires sont corsetés et stagnants, cad. que la répartition de la valeur ajoutée entre le capital et les salaires est fixée, pour produire "pas cher" et maintenir une rémunération élevée des investisseurs détenteurs des capitaux, les entreprises doivent nécessairement diminuer les effectifs et/ou les salaires; mais comme les salaires sont fixés par la législation  du marché du travail... les entreprises délocalisent les capitaux dans des pays à bas coûts de main d'œuvre; ou quand ce n'est pas possible, font venir des employés à bas coûts pour venir travailler chez eux. De leur côté, les investisseurs apporteurs et détenteurs des capitaux - fonds de pension par exemple - veulent maintenir le niveau élevé de leur rémunération, ce qui contribue encore à baisser le coût du travail.
Dans ce système, les échanges sont censés profiter à toutes  les parties. Les pays à bas coûts profitent des marchés exportation pour se développer; les pays à coûts élevés en profitent avec des produits pas chers;   et ils  vendent des produits manufacturés à haute valeur ajoutée dans l'ensemble du marché mondial. Le problème est que la crise est mondiale et que l'équilibre des échanges censé exister dans le système est rompu.

Dans le débat intérieur lors de la campagne pour le BREXIT, les promoteurs de la sortie n'ont guère expliqué tout cela. La population a été entretenue dans l'idée que l'économie  était indifférente à la politique.


Le Royaume-Uni à l'épreuve de la crise, 1970-1979

Adhésion du Royaume-Uni à la Communauté économique européenne le 1/1/1973 (1er élargissement en même temps que le Danemark et l'Irlande)
Référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans les Communautés européennes

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