10/20/26

Extraction et stockage du carbone; est-ce une solution pour le chanement climatque?


La séquestration du carbone est une technologie essentielle qui contribue à réduire les émissions nocives de carbone en capturant et en stockant efficacement le CO₂ atmosphérique. Cet article examine de plus près la séquestration du carbone, notamment son histoire, ses différents types, ses applications et des exemples de réussite.

Peut-on lutter contre le réchauffement climatique en retirant le carbone de l’atmosphère ? Adopté en 2015, l’accord de Paris fixe bien un objectif d’équilibre entre les émissions anthropiques de gaz à effet de serre et leur absorption par les puits de carbone au cours de la deuxième moitié du XXIe siècle.


Alors que certaines émissions resteront difficiles à éliminer, comme dans l’agriculture, les transports ou pour certains procédés industriels, cet objectif de « neutralité carbone », peut s’appuyer sur des technologies de captage et de stockage du carbone.

Une idée simple… en apparence. Car ces options de séquestration du carbone impliquent de répondre à des questions fondamentales : quelle sera la durée du stockage ? Sera-t-il réversible ? Quels en seront les coûts énergétique, financier et environnemental ? De quoi relativiser des solutions parfois présentées comme miraculeuses…

Capter le carbone dans les plantes, une solution fragile

La photosynthèse constitue un puissant mécanisme naturel de captage du carbone. En absorbant le CO2 atmosphérique, les végétaux le transforment en matière organique, répartie dans les troncs, les racines, la litière et les sols. Forêts, prairies, cultures, zones humides et agroécosystèmes constituent ainsi des puits de carbone. C’est le fondement de la bioéconomie, telle que l’a conceptualisée Nicholas Georgescu-Roegen dans The Entropy Law and the Economic Process, publié en 1971.

Cette solution, mise en avant par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec)1, reste structurellement fragile : un incendie, une sécheresse, une tempête, un parasite, un changement d’usage des terres ou une modification des pratiques agricoles peuvent transformer un puits de carbone en source de carbone.

Or le changement climatique accélère bon nombre de ces risques. En France, comme le souligne le Haut Conseil pour le climat (HCC) dans son rapport de 20262, les puits du secteur UTCATF – utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie –, sont désormais très inférieurs aux stocks fixés par les trajectoires de séquestration pour atteindre la neutralité carbone.

Le stockage géologique peut dépasser les 10 000 ans. Un argument mis en avant par les chantres du captage et stockage du carbone

Par ailleurs, le Giec estime que les durées de stockage par la végétation et dans les sols sont de l’ordre de quelques décennies à quelques siècles, quand le stockage géologique peut dépasser les 10 000 ans. Un argument mis en avant par les chantres du captage et stockage du carbone ou CCS (Carbon Capture and Storage).

Les limites du stockage industriel

Le CCS consiste à capter du CO2 à la sortie d’une installation industrielle, puis à le compresser, à le transporter et à l’injecter en profondeur dans le sous-sol, notamment dans des aquifères salins ou d’anciens gisements d’hydrocarbures.

Dans son rapport de 20223, le Giec estime le potentiel technique mondial du stockage géologique à environ 1 000 milliards de tonnes d’équivalent CO2, au-delà des besoins cumulés pour limiter le réchauffement planétaire à + 1,5 °C. Mais cette capacité reste théorique au regard de la disponibilité des sites, des coûts de mise en œuvre et de l’acceptabilité sociétale des solutions, parfois polluantes.

Des difficultés que le projet danois Greensand semble lever. Il vise à transporter le CO2 de sites industriels jusqu’à la mer du Nord, pour y être injecté à 1 800 mètres de profondeur dans un ancien réservoir pétrolier. Le carbone serait ainsi transporté aussi simplement que le gaz ou le pétrole. Le potentiel de stockage s’élèverait à plusieurs millions de tonnes de CO2 par an, une solution miracle pour l’Europe.

Toutefois, le CCS évite une émission mais ne retire pas le CO2 déjà présent dans l’atmosphère. D’autres technologies le permettraient, comme le DACCS (Direct Air Carbon Capture and Storage) qui extrait directement le CO2 de l’air, ou le BECCS (Bioenergy with Carbon Capture and Storage) qui associe biomasse et stockage géologique.

Mais ces solutions sont plus coûteuses et énergivores que les solutions biologiques. Dans les ordres de grandeur retenus par le Giec, le stockage naturel du carbone dans les sols coûte de 45 à 100 dollars par tonne contre 100 à 300 dollars pour le DACCS.

Dans son avis de 20234, le HCC souligne les limites de ces technologies, qu’il s’agisse de la maturité des projets, de leurs coûts ou de la disponibilité du stockage. En clair : le stockage géologique n’est pas bon marché et ne constitue en aucun cas une permission à émettre toujours plus.

Attribuer une valeur différenciée au carbone

Les économistes du climat sont unanimes : la valeur climatique du carbone évité ou stocké dépend de sa probabilité de retour dans l’atmosphère. Dans son rapport de 2022, le Giec distingue les absorptions selon leurs réservoirs et leur temporalité. Dans son avis sur la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) publié en mars 20265, le HCC recommande de définir des cibles distinctes de séquestration entre puits réversibles et permanents.

Le stockage de carbone ne peut être envisagé que dans un objectif de compensation à moyen terme des émissions résiduelles des secteurs les plus difficiles à décarboner

Au-delà de ces questions comptables, le Giec rappelle sans ambiguïté que le stockage de carbone doit s’accompagner de réductions profondes, rapides et durables de nos émissions de gaz à effet de serre. Il ne peut être envisagé que dans un objectif de compensation à moyen terme des émissions résiduelles des secteurs les plus difficiles à décarboner, tout en préservant les puits biologiques existants.

En France, l’urgence est d’autant plus forte que les forêts et les sols subissent déjà les effets du changement climatique. C’est seulement en dernier ressort que doit être envisagé le stockage géologique.

La véritable innovation ne sera donc pas de stocker davantage de CO2, mais d’attribuer une valeur différenciée au carbone selon la durée de son stockage, la probabilité de sa réémission, les ressources mobilisées pour le conserver hors de l’atmosphère et ses impacts environnementaux. A cette condition, la comptabilité carbone pourrait devenir un puissant instrument de politique climatique.

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