Alors que les arbitrages budgétaires s'intensifient pour le projet de loi de finance 2027, l'hypothèse d'une sous-indexation des retraites ciblée sur les pensions supérieures à 2 500 € ou 3 000 € bruts/mois refait surface. L'État choisit une fois de plus la facilit : faire passer la facture du déficit public sur les retraités, tout en refusant de solliciter les profits des grandes entreprises et les hauts patrimoines au nom du dogme de la sempiternelle croissance dont ils dépendent mais qui contibue à tous les déséquibres actuels, en France et sur la planète..
Derrière cette mesure présentée comme une « contribution de solidarité » se cachent une injustifiable méthodologie et un contresens économique majeur.
1. Une injustice méthodologique sur le critère d'éligibilité
Pour déterminer si un retraité dépasse le seuil retenu, l'État comptabilise la totalité de ses revenus de remplacement : régime général de base + régime complémentaire (Agirc-Arrco). Or, la loi ne donne à l'État le pouvoir d'intervenir que sur le régime de base. L'effort d'épargne et de cotisation réalisé par le salarié pour sa complémentaire sert donc uniquement de « prétexte » pour le faire basculer au-dessus du seuil et justifier la ponction sur sa retraite de base.
2. L'incohérence face à l'Agirc-Arrco, un régime par points structurellement équilibré
C'est sur le statut de la retraite complémentaire que l'injustice est la plus évidente. L'Agirc-Arrco est un système contributif par points, géré par les partenaires sociaux et dont l'équilibre financier repose sur deux piliers :
Le coût d'acquisition du point (ce que l'actif paie pour acquérir un point de retraite complémentaire).
La valeur du point de retraite complémentaire
Le montant de la retraite est produit de la valeur du point de retraite par le nombre de points acquis lors de l'activité
Par construction, l'ajustement permanent du couple - coût d'acquisition, valeur du point retraite - garantit l'équilibre du système sans coûter un centime à l'État.
En utilisant le niveau de la pension Agirc-Arrco comme critère pour pénaliser la retraite de base, le gouvernement commet un déni de gestion : il sanctionne les assurés d'un régime sain et à l'équilibre pour éponger les dérives des finances publiques. Et si en plus les retraites du régime Agirc-Arrco étaient sous indexées, les retraités seraient ponctionnés deux fois, puisqu'ils le sont déjà de par l'équilibre structurel du système.
3. Un rendement financier dérisoire pour un dégât politique maximal
Comme le soulignent les récentes analyses de la presse économique (Les Échos, d'après les modélisations de Rexecode), une sous-indexation du régime général ciblée, au-delà de 3 000 € ne rapporterait qu'environ 700 millions d'euros à l'État [3]. Un gain dérisoire face à la portée des déficits actuels, mais qui entamerait gravement la confiance dans notre pacte social.
En épargnant les mécanismes d'optimisation fiscale et en sanctuarisant les très hauts patrimoines sous prétexte de compétitivité, le gouvernement transforme une prestation assurantielle (issue de cotisations du travail) en simple variable d'ajustement budgétaire. Une dérive qui fragilise un peu plus le consentement à cotiser et le principe de la retraite par répartition.
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