14/09/2020

France: Face à un monde en crises multiples, les Français sont en quête de protections

File d'attente devant un centre de dépistage du coronavirus, le 11 septembre à Paris. CHARLES PLATIAU / REUTERS coronavirus, le 11 septembre à Paris.
L'étude annuelle sur les « Fractures françaises », réalisée depuis 2013 par Ipsos-Sopra Steria, décrit un paysage national de plus en plus sombre, dominé par l'angoisse du Covid-19 et tiraillé par l'idée du déclin.


Source le Monde Par Matthieu Goar Publié le 14 septembre 2020

Installée depuis longtemps sur des sommets de défiance à l'endroit de ses dirigeants et de scepticisme envers la mondialisation, connaissant des pics d'anxiété quant à son avenir, l'opinion française s'est cette année retrouvée face à un gouffre : celui de l'épidémie de Covid-19. Une période où l'incertitude s'est ajoutée aux angoisses et au déclinisme persistant d'une grande partie de la population. Difficile pour le pouvoir exécutif de préparer « la France de 2030 », l'ambition du plan de relance annoncé le 3 septembre, alors que les citoyens ont à nouveau les yeux rivés sur les courbes des cas de contamination ou sur un premier ministre obligé, vendredi 11 septembre, de lancer un appel « solennel » au « sens des responsabilités » face à la « dégradation manifeste » de la situation.
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L'enquête annuelle « Fractures françaises », réalisée depuis 2013 pour Le Monde par Ipsos-Sopra Steria, en partenariat avec le Centre d'études de la vie politique française (Cevipof), la Fondation Jean-Jaurès et l'Institut Montaigne, décrit donc un paysage national de plus en plus sombre. Le coronavirus a fait irruption dans la réalité quotidienne des Français et l'obsession liée à sa propagation renforce le besoin d'autorité et de protection vis-à-vis de l'extérieur, et la méfiance à l'encontre de la mondialisation.

Mais, paradoxalement, cette situation rapproche les Français de certains échelons. « Depuis plusieurs années, il y a une petite musique sur la défiance de plus en plus grande des Français, et c'est un constat juste, analyse Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos. Mais, plus la crise est forte, plus l'angoisse est importante, plus les Français demandent de la protection et se raccrochent à des institutions dont ils estiment qu'elles ont dernièrement tenu le choc, joué un rôle positif et les ont protégés. C'est le cas des grandes entreprises, de l'Union européenne dans une moindre mesure et, même, du monde politique au niveau national. »

Contexte anxiogène

Après une baisse enregistrée en 2017, dans la foulée de l'élection d'Emmanuel Macron, le sentiment de déclin national est en nette hausse. Ainsi, 78 % des Français pensent que leur pays est sur une pente descendante (+ 5 points par rapport à 2019). Un sentiment sans doute renforcé par la situation épidémique, puisque 49 % des sondés placent le Covid-19 parmi leurs trois préoccupations majeures, devant le pouvoir d'achat (39 %), l'avenir du système social (37 %), la protection de l'environnement (36 %).
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En cette rentrée, malgré la multiplication du nombre de nouveaux cas de contamination, ce sont les conséquences économiques qui inquiètent le plus (66 %, contre 34 % pour les conséquences sanitaires), et les sondés font plutôt confiance à l'exécutif pour gérer une éventuelle « deuxième vague » (52 % estiment qu'elle sera mieux gérée, 9 % moins bien gérée, 39 % ni l'un ni l'autre.) Malgré l'activisme d'une frange complotiste, les Français sont en demande d'annonces fortes : 45 % des personnes interrogées jugent que les mesures mises en place sont « insuffisantes » (40 % « au bon niveau », 15 % « excessives ») et 80 % sont favorables ou plutôt favorables au port du masque « dans tous les espaces publics ».
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Dans ce contexte hautement anxiogène, le niveau de confiance envers certaines institutions se maintient (les PME à 81 %, l'armée à 80 %, l'école à 76 %, les scientifiques à 75 %). Fait inédit et plus étonnant, l'appréciation de certains acteurs plutôt décriés remonte (les grandes entreprises à 47 %, + 13 points ; l'Union européenne 42 %, + 6 ; les banques 40 %, + 10 ; la présidence de la République 36 %, + 6). Comme si les Français exprimaient ainsi leur besoin de protection et d'autorité incarné par des institutions bien identifiées. Près de 74 % des sondés disent aussi s'inspirer des valeurs du passé (+ 5 points) et 82 % estiment qu'« on a besoin d'un vrai chef en France pour remettre de l'ordre » (+ 3), tout en ne remettant pas en cause la démocratie (67 % pensent qu'il s'agit du « meilleur système possible », en augmentation de 3 points).


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Cette nostalgie et ce « recentrage » s'accompagnent d'une inquiétude de plus en plus grande à l'égard de ce qui semble loin ou plus flou. Une tendance majeure depuis quelques années, mais sans doute amplifiée par une épidémie qui a provoqué la fermeture des frontières au fur et à mesure que le virus se propageait dans le monde. Ainsi, 60 % des personnes interrogées considèrent-elles que « la mondialisation est une menace pour la France » (+ 3) et 65 % que le pays « doit se protéger davantage du monde d'aujourd'hui » (+ 4).
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Ambiguïtés très françaises

Une inquiétude qui renforce les attentes envers l'Etat, en première ligne depuis le début de la crise. Dans l'enquête, 55 % des sondés estiment que « pour relancer la croissance, il faut renforcer le rôle de l'Etat dans certains secteurs jugés porteurs ou stratégiques » (+ 7 points) et 61 % qu'il faut « aller vers plus de protectionnisme pour protéger les entreprises françaises » (+ 6). Une demande à laquelle tentent de répondre l'Elysée et Matignon. Après avoir soutenu les entreprises en difficulté à travers son plan de soutien économique d'urgence, le gouvernement a ainsi prévu dans le plan de relance d'investir 3 milliards d'euros pour consolider le capital des TPE et PME, durement frappées par la crise sanitaire.
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Ces sujets économiques très clivants s'accompagnent de nombreuses ambiguïtés très françaises. Si 60 % du panel considère qu'il « faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres » (+ 3), 46 % approuve dans le même temps l'idée que « plus il y a de riches, plus cela profite à l'ensemble de la société », validant ainsi la théorie très macroniste du « ruissellement » et des « premiers de cordée ». Une opinion en augmentation de 6 points.
Au milieu de ces débats fortement marqués par la crise sanitaire et économique, d'autres préoccupations tiraillent la société et ressurgissent dans les indicateurs. Certains faits divers ont marqué la période estivale, et le ministre de l'intérieur a évoqué un « ensauvagement » de la société, provoquant une polémique jusque dans les rangs du gouvernement. Pour pouvoir faire des comparaisons avec l'année 2019, une moitié du panel a été interrogée sur ses préoccupations sans tenir compte du Covid-19. Dans cette configuration, 49 % de ces sondés placent « la montée de la délinquance » dans leurs trois premiers motifs d'inquiétude (36 % si l'on ajoute le Covid-19 dans les items), soit une augmentation de 18 points. Un sentiment particulièrement fort chez les plus de 60 ans (57 %) et très faible chez moins de 35 ans (31 %). Cette nervosité sociale se traduit par une poussée inédite en faveur de la peine de mort (55 %, + 11).
Mais la question environnementale est également très haute. 77 % des sondés se disent ainsi prêts à accepter des changements dans leur « mode de vie » si le gouvernement l'exige. Un taux qui chute à 57 % lorsque l'on évoque d'éventuels « sacrifices financiers » pour les citoyens et les entreprises. Là aussi, cette préoccupation majeure est diversement appréciée selon les catégories (70 % des moins de 35 ans sont prêts à des sacrifices, seulement 50 % des plus de 60 ans ; 65 % pour les urbains, 49 % pour les ruraux).
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Trois ans après l'émergence du mouvement féministe #metoo et la montée du débat sur les inégalités entre hommes et femmes, les Français sont convaincus à 69 % de « vivre dans une société patriarcale » (31 % pensent l'inverse). Ils se divisent en revanche sur le mode d'action des mouvements féministes (34 % estiment qu'ils ont trouvé une position équilibrée, 29 % qu'ils ne vont pas assez loin, et 37 % qu'ils vont trop loin). Même paradoxe sur la question des discriminations raciales. Si 82 % des personnes interrogées accréditent l'idée que le racisme est aujourd'hui présent en France – 57 % qu'il est en augmentation –, 66 % ont dans le même temps le sentiment qu'il y a trop d'étrangers en France (+ 3) et 47 % qu'il faut « réduire le nombre d'immigrés pour réduire le nombre de chômeurs » (+ 9), une antienne de l'extrême droite en temps de crise économique.
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Au moment des procès des attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo et contre le supermarché Hyper Cacher en 2015, la vision de l'islam semble stabilisée. Pour 42 % des sondés, cette religion est « compatible avec les valeurs de la République » (+ 1) et pour 50 % le djihadisme n'est qu'une perversion de cette religion (sentiment en baisse de 4 points). Un débat que le gouvernement a pourtant décidé de remettre à l'ordre du jour avec son projet de loi sur les « séparatismes » qui sera présenté à l'automne.
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A droite toute, LREM veut incarner le parti de l'«ordre républicain»

12 septembre 2020 Par Mathilde Goanec et Ellen Salvi
Si certains tentent encore de déplacer le curseur, la plupart des élus de la majorité présidentielle ont intégré l'évolution politique d'Emmanuel Macron sur les questions de sécurité. Ils assument désormais leur droite, de façon plus ou moins résignée.
Amiens (Somme).– La soirée touche à sa fin lorsque arrive « le clou du spectacle ». Le visage du premier ministre apparaît sur l'écran géant de la salle des congrès qui accueille, ce 11 septembre, la rentrée politique de La République en marche (LREM). Contraint de s'exprimer par voie numérique en raison de l'épidémie de Covid-19, Jean Castex vante les mérites du « dépassement », qu'il juge plus que « nécessaire en ces moments de notre histoire où sont à l'œuvre les ferments de la division, du repli sur soi, du rejet de l'autre, de la recherche de boucs émissaires, de la tentation des extrêmes ».
Face aux militants, aux parlementaires et à la poignée de ministres réunis là, le chef du gouvernement rappelle ce qu'attendent, selon lui, les Français du parti présidentiel : « Apaiser et rassembler la société. » Loin des coups de menton du ministre de l'intérieur, Gérald Darmanin, installé au premier rang, cette bulle ferait presque oublier qu'en pleine crise sanitaire, économique et sociale, Emmanuel Macron a choisi de recycler la stratégie perdante de Nicolas Sarkozy, dans la perspective de 2022.
Bien qu'il s'en défende, c'est pour cette seule raison politique que le pouvoir exécutif a décidé de mettre, en cette rentrée, les bouchées doubles sur ce qu'il appelle « l'ordre républicain », expression fourre-tout derrière laquelle il place la sécurité et la lutte contre le « séparatisme ». Pour cette seule raison aussi que les accents sarkozystes de Gérald Darmanin, sur la forme comme sur le fond – vendredi, il annonçait encore vouloir interdire la distribution de nourriture aux migrants par certaines associations à Calais (Pas-de-Calais) –, saturent l'espace public.
Rentrée politique de La République en marche à Amiens (Somme), le 11 septembre. © ES Rentrée politique de La République en marche à Amiens (Somme), le 11 septembre. © ES
Dans ce paysage qui fleure bon les années 2000, la majorité présidentielle a bien du mal à se positionner. S'ils sont encore nombreux à revendiquer le fameux équilibre du « en même temps », beaucoup ne peuvent que reconnaître l'évolution d'Emmanuel Macron sur les questions pudiquement qualifiées de « régaliennes » – comprendre l'immigration, la sécurité et l'identité. Ceux qui, au sein de LREM, se sentent encore de gauche ont beau tenter de minimiser le sujet, ils n'en demeurent pas moins gênés par la situation.
Aussi essaient-ils de déplacer le curseur, en insistant sur le plan de relance et les mesures prises en matière d'écologie. Comme Les Républicains (LR), ils s'engouffrent dans les polémiques récentes autour du sapin de Noël – qualifié d'« arbre mort » par le maire de Bordeaux (Gironde) – et du Tour de France – « machiste et polluant » pour celui de Lyon (Rhône) – afin de contrer les nouveaux élus Europe Écologie-Les Verts (EELV). Quant aux excès de leur propre majorité, ils font mine de les ignorer.
Refusant d'entrer dans « le débat sémantique » autour du mot « ensauvagement » emprunté à l'extrême droite par Gérald Darmanin, le délégué général de LREM Stanislas Guerini assure qu'il s'agit là d'un « débat très secondaire par rapport à l'obligation de résultats ». Pour autant, reconnaît-il à demi-mot, le style du ministre de l'intérieur ne facilite pas la tâche des Marcheurs de la première heure. « Il est temps que ça se termine », tranche-t-il, visiblement ravi que ses troupes aient pu, malgré la recrudescence de l'épidémie, se retrouver à Amiens.
Car c'est ici, se souviennent les nostalgiques de la campagne présidentielle, que tout a commencé en avril 2016, lorsque Emmanuel Macron a lancé son mouvement. « C'est une inspiration pour nous de revenir sur [ces] lieux », indique le député de Paris, pour mieux souligner son envie de retrouver l'essence de LREM – ce que ses membres aiment à qualifier d'« ADN ». C'est aussi le signal que certains députés de la majorité ont souhaité adresser en élisant Christophe Castaner à la tête du groupe à l'Assemblée nationale.
« C'était important, pour certains de mes collègues, d'avoir une forme de rééquilibrage », confirme l'ancienne juppéiste Marie Guévenoux. L'argument a sans doute pesé dans les 25 voix qui ont séparé l'ex-ministre de l'intérieur de sa concurrente Aurore Bergé, issue de l'aile droite du mouvement. Pour autant, assure la majorité des élus croisés à Amiens, la campagne s'est jouée sur tout – différentes approches de méthode, relations interpersonnelles, etc. – sauf sur les clivages politiques. Après trois ans et moult départs, le groupe a fini par s'homogénéiser.
Les esprits frondeurs ayant quitté les rangs, les critiques se font désormais mezzo voce. Ceux qui veulent rester fidèles, sans pour autant tout endosser, marchent sur un fil. « Le mot "ensauvagement" n'est pas le mien et il faut faire attention à ne pas faire naître un sentiment qui, dans beaucoup d'endroits, reste un sentiment, indique Pieyre-Alexandre Anglade, député des Français de l'étranger. Mais il y a une sensibilité aiguë dans le pays sur ces sujetsUne partie des Français attendent qu'on s'en empare. Ne pas répondre serait abdiquer. Une majorité comme la nôtre est sous la pression de cette opinion. »
Dit autrement par l'eurodéputé Stéphane Séjourné dans Le Figaro : « Il faut regarder la réalité en face sur les questions d'insécurité, sans angélisme, mais sans se tromper de combat. Je ne tombe pas dans la surenchère verbale que nous tendent les extrêmes. » À rebours d'Emmanuel Macron qui a accusé la presse d'avoir fait « le Kamasutra de l'ensauvagement », la députée Sonia Krimi admet elle aussi que « les mots ont un poids très important ». « Quand on les prononce, ils existent et peuvent être violents, y compris pour ceux qui se sentent déjà mis à l'écart de la société dans laquelle ils vivent », affirme-t-elle, en reconnaissant par ailleurs que « c'est facile d'être violent ».
Facile et « malheureusement » indispensable, si l'on en croit sa collègue Marie Guévenoux. « Dans la société actuelle, il ne faut pas être dans la demi-mesure pour être audible », regrette-t-elle. Cette juppéiste, qui avait quitté LR en raison de désaccords profonds sur la « vision de la société » de son ancien parti – « du pain au chocolat à la Manif pour tous » –, plaide pour « une forme de pondération qui n'est pas à la mode, alors qu'elle pourrait nous protéger d'un certain nombre d'écueils ». En matière de sécurité, elle estime que « beaucoup de choses ont été faites » depuis trois ans, mais constate que « la population ne le voit pas »« Ce qu'elle voit, c'est un empilement de faits divers. »

« Castex, c'est la Macronie de demain »

Tel serait donc le rôle joué par Gérald Darmanin dans le dispositif global : communiquer jusqu'à l'outrance pour mettre en lumière l'action de l'exécutif, faire taire les critiques sur son « laxisme » et emporter l'adhésion de cette partie de l'électorat de droite qui doute encore qu'Emmanuel Macron puisse être son candidat en 2022. « Il endosse le costume », résume Sonia Krimi. « Le gouvernement de Jean Castex, c'est une galerie commerciale. Chacun a sa vitrine, chacun soigne sa clientèle, confie un autre député LREM. Il y a une stratégie pour achever la droite. »
Mais derrière cet « opportunisme politique », il y a aussi « une vraie conviction du président et d'Alexis Kohler [le secrétaire général de l'Élysée – ndlr] sur le régalien », poursuit le même élu, qui n'adhère pas franchement aux discours sur « la République une et indivisible, qui ont tendance à effacer la diversité ». D'ailleurs, au-delà des mots, il y aussi des projets de loi, comme celui sur le « séparatisme », annoncé en conseil des ministres cet automne. « Comme tout sujet de société, c'est un sujet qui divise », reconnaît Sonia Krimi, qui préfère attendre le texte pour s'exprimer.
La députée, qui avait demandé un visa pour le Canada à l'époque de « Sarkozy, Guéant et Morano »« tellement [elle était] horrifiée » par ce qu'elle entendait, ne « sent pas cette même violence » aujourd'hui. « Peut-être parce que j'ai moi-même changé… », concède-t-elle. Son collègue de l'Hérault, Patrick Vignal, balaie le problème. « La palabre ne m'intéresse pas, affirme-t-il. Moi, ce que je veux, c'est que Darmanin m'aide à lutter contre le trafic de drogue à Montpellier et que Dupond-Moretti me donne les magistrats manquants pour ma ville. Le reste, je m'en fous ! »
Réunion des députés LREM à Amiens, le 10 septembre. © ES Réunion des députés LREM à Amiens, le 10 septembre. © ES
Lui se dit plutôt satisfait du dernier remaniement, marqué par l'arrivée de Jean Castex à Matignon« Castex, c'est la Macronie de demain, veut-il croire. Ça suffit les Parisiens, les costumes bien taillés et les chaussures vernies ! » Cet ancien socialiste devenu macroniste en 2016 a souffert de l'étiquette LREM à la municipale de Montpellier, où il a péniblement engrangé 6,10 % des suffrages exprimés au premier tour, en passant pour « le mec de droite ». Depuis trois ans, il en avait un peu marre de s'entendre dire : « On a l'impression que c'est votre monde, pas le nôtre. »
Alors si les Français veulent de la sécurité, ils en auront. Le reste n'a guère d'importance, ajoute-t-il, indifférent aux discussions sur la ligne idéologique du parti présidentiel. De toute façon, « ce mouvement n'a jamais eu un socle d'ADN commun et l'alchimie n'a jamais pris entre ce que nous appelons souvent l'ancien et le nouveau monde ». Mais pour d'autres, cette absence de corpus est tout de même considérée comme un problème, notamment parce qu'elle offre à la droite le loisir de remplir le vide.
C'est notamment le cas du député Jacques Maire, qui a fondé le courant « En Commun » aux côtés de son collègue Hugues Renson, vice-président de l'Assemblée nationale, et de la ministre de la transition écologique Barbara Pompili. Regrettant que l'élection du président de groupe ait été « dépolitisée », l'élu des Hauts-de-Seine plaide pour y « organiser une diversité »« Aujourd'hui, on fait comme s'il n'y avait qu'une seule ligne. Cela tue le mouvement », dit-il.
Jacques Maire pousse pour que son groupe porte une voix différente de celle du gouvernement à l'occasion du projet de loi sur le « séparatisme »« Après, soyons honnêtes, l'essentiel de l'agenda parlementaire va être consacré au plan de relance, à la réforme des retraites et au cinquième risque [à la Sécurité sociale – ndlr] », souligne le député, jugeant « inutile et dangereuse » la stratégie consistant à « occuper la part de marché de la droite ». Pour beaucoup, ce futur projet de loi fera office de « test » dans la majorité. Christophe Castaner a d'ores et déjà prévenu ses troupes : « La division du groupe LREM serait une forme de séparatisme. »
Les Marcheurs croisés vendredi, à Amiens, ne semblent pas se poser autant de questions que les élus de la majorité. Archibald, membre des Jeunes avec Macron (JAM) en Bretagne, assure d'ailleurs qu'il n'y a aucun « problème » avec la façon dont le gouvernement aborde les sujets de sécurité. « C'était dans le programme. Ce ne sont pas les mots qui comptent, ce sont les actes », répète-t-il. « C'est vrai que ce n'est plus possible, il faut agir. Nous avons vécu les violences des manifestants, les casseurs, tout le monde en a marre », estime également Sophie, cheffe d'entreprise à Lille (Nord).
Étudiante en sciences politiques, Romane, elle aussi venue avec la délégation lilloise, considère que « la droite a perdu sa place »« Nous essayons de répondre aux inquiétudes des Français car nous sommes la seule alternative pour éviter le RN [Rassemblement national – ndlr] », dit-elle. Un peu plus loin, Gloire Kipaka, coanimateur du comité Passy (Paris, XVIe), n'est pas davantage choqué par la tournure des événements. Le mot « ensauvagement » n'est « pas le bon mot, affirme-t-il, mais cela reflète une réalité »« Jusque-là, le président ne voulait pas voir ça en face pour rester politiquement correct, mais Darmanin le pousse un peu dans ses retranchements. »
Un militant parisien, plus âgé, renchérit : « Jean-Pierre Chevènement [ministre de l'intérieur dans le gouvernement de Lionel Jospin – ndlr] parlait déjà de "sauvageons". Beaucoup de jeunes sont peu éduqués et se comportent comme des sauvages. » De la base du parti présentiel au sommet du pouvoir exécutif, le constat est le même : derrière les discours d'estrade, les clips pleins de bonnes intentions, les promesses de « bienveillance » et les illusions perdues de 2017 auxquelles certains tentent encore de se raccrocher, plus rien ne sépare un rassemblement de LREM des réunions militantes de la droite LR la plus classique.

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