21/11/2021

COP26 à Glasgow: NO MORE BLAH BLAH BLAH, DIXIT GRETA !

Par Philippe Mabille Directeur de la rédaction de La Tribune.

« Il n'y a pas de planète B », a-t-on entendu à nouveau à la COP26 à Glasgow, qui s'est achevée en laissant un goût amer de Flop26. « No more blah blah blah », a tonné Greta Thunberg… Cinq ans après l'accord de Paris, la énième négociation climat laisse bel et bien un goût d'inachevé, regrette Marine Godelier. La Tribune en a assuré la chronique avec l'aide de Bertrand Piccard, l'explorateur suisse aux deux tours du monde en ballon et en avion solaire, qui a raconté les temps forts de la négociation dans un billet quotidien dont le dernier donne le ton : une mauvaise fin ou un nouveau départ.



La grande déception de la COP de Glasgow a été l'absence physique du président chinois (même si l'ombre de Xi Jinping a plané lors d'un entretien avec son homologue américain). Fossoyeur du pacte de Glasgow ou champion mondial des énergies renouvelables, interroge encore Marine Godelier. Mais à quoi joue la Chine ? La stratégie chinoise en matière environnementale, ponctuée de signaux contradictoires, semble illisible.

Il n'y a pas de planète B, mais il y a peut-être des mondes nouveaux à naître, des mondes numériques un peu étranges pour les profanes mais qui alimentent déjà nombre de spéculations via la technologie des NFT ( non-fongible token), un jeton numérique qui vient authentifier et tracer la valeur d'un bien sur Internet.

Dans un long papier documenté, notre spécialiste des cryptos Jeanne Dussueil en décrypte les enjeux et relève la multiplication par cinq de NFT depuis le mois d'août. Encore accéléré par l'annonce de l'investissement massif dans le futur métavers annoncé par Facebook devenu Meta, ces digital tokens seront précieux pour réaliser des transactions virtuelles.

Les NFT représentent déjà 2% du marché global de l'art… Dans ce monde qui ressemble un peu à un Far West numérique, tout reste à inventer, que ce soit l'ordre juridique, la régulation financière et les règles éthiques. La finance s'y intéresse et cela pourrait révolutionner les paiements tandis que les escrocs de tous poils s'y précipitent.

En attendant la naissance d'un métavers français, Ubisoft, l'éditeur mondial de jeux vidéo a choisi la France et la ville de Béziers pour implanter son premier centre immersif au monde, dans les Studios Occitanie Méditerranée, un complexe ludique et professionnel dédié aux industries digitales et culturelles qui ouvrira en 2025, raconte Cécile Chaigneau.

Combien d'énergie faudra-t-il en plus pour alimenter le métavers ? Sans doute beaucoup si tout le monde s'y met, qui pour télétravailler depuis son île grecque via son avatar, qui pour faire des rencontres ou son shopping numérique.

Alimenter en électricité ces nouveaux mondes numériques est une véritable inconnue, et ce alors que dans le même temps, on compte beaucoup sur la sobriété énergétique pour sauver la planète, la vraie.

Robert Jules dans sa chronique éco hebdomadaire cite un rapport de l'AIE portant sur 9 pays montrent que l'application de normes d'efficience a permis d'éviter de consommer 1.500 TWh en 2018, ce qui équivaut à toute la production solaire et éolienne cumulée de ces mêmes pays en 2018. Et près de cinq fois la production nucléaire française et ses 56 réacteurs. Pour aller plus loin, il faut désormais investir massivement dans la rénovation thermique des bâtiments et engager une rupture dans nos modèles productifs.

Pour sauver la planète, il va falloir aussi changer de logiciel de consommation et toutes nos réglementations, souligne Giulietta Gamberini. La Commission européenne a publié mercredi un projet de nouveau règlement pour enrayer la « déforestation importée » qui va faire culpabiliser les amateurs de Nutella et de Nespresso. Il prévoit l'interdiction d'importer dans l'Union européenne six produits lorsqu'ils contribuent à la déforestation: le soja, l'huile de palme, le cacao, le café, le bœuf et le bois.

La bataille climatique se joue aussi sur les nouvelles énergies, tel l'hydrogène dont l'Islande, l'île volcanique, veut faire un pilier de sa stratégie pour devenir un leader mondial, raconte Juliette Laffont qui a suivi l'audition du président islandais Guðni Jóhannesson au Sénat.

Très présente en parole pendant la COP, la France a du mal à être exemplaire en acte, pointe pourtant l'OCDE qui lui adresse un carton jaune dans son dernier rapport, note Grégoire Normand. « Malgré tous les efforts entrepris depuis plusieurs années, la France se situe encore en deçà de ses objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre et polluants atmosphériques, d'augmentation de la sobriété énergétique, de diversification de son mix électrique, et de meilleure préservation de la biodiversité ».

Outre le trop faible investissement dans la décarbonation, l'OCDE pointe trois risques qui pourraient peser sur la très forte reprise de la croissance française, réévaluée à 6,8% pour 2021 : le retour de la pandémie, le manque de main d'œuvre et l'inflation.

Pour l'heure, grâce à un bon taux de vaccination, la France échappe aux reconfinements partiels qui sont décrétés à nos portes, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Le chef de l'Etat plaide pour la troisième dose sans la rendre encore obligatoire pour tous, et refuse de durcir à ce stade les règles du télétravail.

Attention toutefois, car le Haut conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes (HCE) pointe dans son rapport annuel l'impact de la crise sanitaire sur les trajectoires professionnelles des femmes. Et comment le télétravail peut s'avérer un handicap pour le déroulement de leur carrière. Explications par Fanny Guinochet. Pour en savoir plus, relisez notre dossier : télétravail, la nouvelle donne.

Portée par une reprise spectaculaire, la France a-t-elle changé de régime de croissance ? Une étude du Cepremap commentée par Grégoire Normand laisse entendre que notre pays sort dans une meilleure situation qu'avant la crise sanitaire… et salue le « quoi qu'il en coûte » de Macron qui a coûté moins cher aux finances publiques que si le gouvernement n'avait rien fait face à l'arrêt de l'économie.

Le rapport de l'Institut des politiques publiques vient toutefois confirmer que, comme l'avait dénoncé son prédécesseur François Hollande, Emmanuel Macron a été surtout le « président des très riches », même si toutes les catégories de contribuables ont été favorisées par la politique fiscale du président... sauf les 5% des plus plus modestes.

Le pouvoir d'achat, ou plutôt le sentiment que celui-ci a diminué au fil du quinquennat, voici le principal danger qui menace la réélection d'Emmanuel Macron en 2022. Pas sûr donc que l'Elysée valide l'espoir de l'opérateur historique Orange d'une consolidation du marché des télécoms. A trois opérateurs au lieu de quatre, à coup sûr la facture mobile et Internet des ménages, une dépense contrainte, flamberait, même s'il est vrai qu'elle est moindre que dans les pays comparables.

Pour Marc Endeweld, la reconquête d'Emmanuel Macron passera aussi par la politique industrielle et notamment par Belfort où le président se déplacera prochainement pour y défendre Alstom où des emplois sont encore menacés. Le soutien au ferroviaire et surtout au nucléaire pourrait changer la donne avec la reprise par EDF, qui s'est fait tirer les oreilles par l'Elysée, des turbines Arabelle rachetées à GE quelques années après que le même Macron les lui ai vendues.

« Quel est ce génie stratégique ? » se moque Arnaud Montebourg, aux premières loges à l'époque (il s'était opposé à la vente de la partie énergie d'Alstom au conglomérat américain). L'ancien ministre du redressement productif et candidat à l'élection présidentielle nous a accordé un long entretien où il plaide pour « un made in France XXL », une hausse de 10% du Smic et la création « d'un nouvel Alstom, d'un nouvel Alcatel et d'un nouveau Péchiney ».

Montebourg nous raconte pourquoi il croit possible de recréer une technologie 5G française, pourquoi pas à Lannion, le berceau historique de la France des télécoms, détruite méthodiquement par un renoncement systématique des partisans de la Fabless economy.

Cette technologie existe pourtant. Pierre Manière, notre spécialiste télécoms l'a rencontré dans un laboratoire d'Orange dédié à l'Open RAN. La 5G promet d'ouvrir le marché des infrastructures de réseau mobile à de nouveaux acteurs, au-delà des géants en place, le suédois Ericsson et le finlandais Nokia.

Attention toutefois, il y a 5G et 5G… Selon l'Arcep, celle de Free est moins performante que celle de ses rivaux et même que sa… 4G raconte encore Pierre Manière. Une attaque qui devrait rendre furieux Xavier Niel qui revendique le « plus grand réseau de France ». « Merci qui » se moque Laurentino Lavezzi, le directeur des affaires publiques d'Orange sur Twitter.

La reprise économique est en tout cas portée par la transition énergétique et fait décoller les entreprises « green ». Exemple frappant avec Sonepar, géant français méconnu de la distribution de matériels électriques. Michel Cabirol a rencontré Philippe Delpech, le discret directeur général de ce groupe familial devenu leader mondial et qui prépare une rafale d'acquisition.

Le monde d'après sera le monde d'avant et le transport aérien aura besoin de 39.000 avions neufs d'ici à 20 ans, affirme Airbus. Léo Barnier, présent au Dubaï Air Show pour La Tribune, a vérifié cette prédiction à l'aune des commandes pharaoniques adressées au constructeur européen principalement, signe que les compagnies aériennes se préparent aux enjeux climatiques en renouvelant leur flotte avec des avions moins gourmands. C'est la reprise, confirme Guillaume Faury.

Face aux remontées de cadence spectaculaires annoncées par Airbus, les sous-traitants sont confrontés à un triple défi : trouver des financements, recruter et continuer à innover et améliorer la qualité de la production. Des enjeux au cœur de l'événement Aeroforum organisé par La Tribune, le 18 novembre, et qu'a suivi pour vous à Toulouse Florine Galéron.

Michel Cabirol, également à Dubai, a rencontré Stefano Bortoli, le président exécutif du constructeur de turbopropulseur franco-italien ATR, qui sent aussi le vent du rebond. Moribond il y a quelques mois , ATR multiplie les commandes, et sort la tête de l'eau.

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