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Hommage à Raymond Devos : "Mais où courent-ils ?"

Raymond Devos - Hommage à un Magicien des Mots

Publié le 1er juillet 2026

Il y a tout juste vingt ans, en juin 2006, le grand magicien des mots Raymond Devos nous quittait. Vingt ans plus tard, son regard sur le monde n'a pas pris une ride. Au contraire, dans notre société moderne où tout s'accélère, son célèbre sketch "Mais où courent-ils ?" résonne avec une force et une ironie toutes particulières.

Je vous propose aujourd'hui de redécouvrir ce chef-d'œuvre de l'absurde, enrichi des savoureuses improvisations de sa performance en public de 1994.

Le Texte du Sketch (Version enrichie)

Excusez-moi, mais je suis encore un peu essoufflé...
Parce que je viens de traverser une ville où tout le monde courait.
Je ne peux pas vous dire laquelle, je l'ai traversée en courant !
Lorsque j'y suis entré, je marchais normalement. Mais quand j'ai vu que tout le monde courait, je me suis mis à courir comme tout le monde, sans raison.

Alors, à un moment, je courais au coude-à-coude, comme ça, avec un monsieur. Alors je lui dis :
— "Dites-moi, pourquoi tous ces gens-là courent-ils comme des fous ?"
Il me dit : — "Parce qu'ils le sont ! Vous êtes dans une ville de fous ici. Vous n'êtes pas au courant ?"
— "Si, si, des bruits ont couru..."
Il me dit : — "Ils courent toujours !"

Et je lui dis : — "Mais qu'est-ce qui fait courir tous ces fous ?"
Il me dit : — "Tout ! Tout ! Il y en a qui courent au plus pressé, d'autres qui courent après les honneurs. Celui-ci court pour la gloire, celui-là court à sa perte !"
Et je lui dis : — "Pourquoi courent-ils si vite ?"
Il me dit : — "Pour gagner du temps ! Comme le temps c'est de l'argent, plus ils courent vite, plus ils en gagnent !"

— "Mais où courent-ils ?"
Il me dit : — "À la banque, le temps de déposer l'argent qu'ils ont gagné sur un compte courant... Et ils repartent, toujours courant, en gagner d'autres !"
Je lui dis : — "Et le reste du temps ?"
Il me dit : — "Ils courent encore, ils courent toujours !"

— "Mais où courent-ils ?"
— "Ils courent faire leurs courses au marché."
Je lui dis : — "Mais pourquoi font-ils leurs courses en courant ?"
Il dit : — "Je vous l'ai dit, parce qu'ils sont fous !"
Et je dis : — "Ils pourraient aussi bien faire leur marché en marchant, tout en restant fous."
Il me dit : — "On voit bien que vous les connaissez pas ! D'abord, le fou n'aime pas la marche."
Je dis : — "Pourquoi ?"
Il me dit : — "Parce qu'il la rate !"

[Variante Live 1994]
D'ailleurs, j'en vois un qui ne marchait pas. Je dis : "Ah ?"
Il me dit : — "Oui, c'était un contestataire ! Il en avait assez de toujours courir comme un fou. Alors il a organisé une marche de protestation !"
Je dis : — "Et alors ?"
Il me dit : — "Il n'a pas l'air d'être suivi... Enfin si ! Mais comme tous ceux qui le suivent courent, il est dépassé !"

Je lui dis : — "Mais vous, là, on peut savoir ce que vous faites dans cette ville ?"
Il me dit : — "Moi, j'expédie les affaires courantes ! Parce que même ici, les affaires ne marchent pas !"
— "Et où courez-vous, là ?"
Il me dit : — "Moi, je cours à la banque."
— "Ah, pour y déposer votre argent ?"
Il me dit : — "Non, pour le retirer ! Moi, je ne suis pas fou !"

Je lui dis : — "Mais alors, si vous n'êtes pas fou, pourquoi restez-vous dans une ville où tout le monde l'est ?"
Il me dit : — "Parce que j'y gagne un argent fou... C'est moi le banquier !"

La Performance en Vidéo

Retrouvez toute la gestuelle et le rythme unique de Raymond Devos dans cet extrait de 1994 :

Visionner Raymond Devos - "Mais où courent-ils ?" sur YouTube


Une mécanique de précision

Ce qui fait le génie de Devos, c'est cette capacité à prendre les métaphores de notre langage quotidien au pied de la lettre. En déclinant toutes les expressions du verbe courir, il signe une satire féroce de notre course effrénée après le temps et l'argent. Vingt ans après sa mort, le banquier court toujours, et nous avec !

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