20/12/2017

Que sont devenus les milliards d'€ de quantitative easing de la BCE?

Par Patrick Artus, directeur de la recherche de Natixis, pour Challenges
Arrêtons les faux débats sur les réserves des banques stockées à la BCE
mes ajouts en italique

 Pour Patrick Artus, directeur de la recherche de Natixis, on ne peut pas estimer que la politique de la BCE est un échec, même si une bonne partie de l'argent injecté depuis la crise a fini en réserves pour les banques. Explications.

On entend souvent la critique suivante du Quantitative Easing de la BCE : le Quantitative Easing est inefficace parce que la monnaie (de Banque Centrale, la base monétaire) créée est largement stockée sous la forme de réserves des banques à la BCE, donc a été stérilisée. Cet argument est pourtant complètement faux.

La base monétaire (monnaie de Banque Centrale) de la zone euro et les réserves des banques de la zone euro à la BCE ont effectivement progressé pareillement depuis le début du Quantitative Easing. Les deux composantes essentielles de la base monétaire sont les réserves des banques à la Banque Centrale et les billets. Aujourd'hui, la base monétaire de la zone euro atteint 3.200 milliards d'euros (contre 1.200 milliards en 2015), dont 1.850 milliards d'euros en réserves des banques auprès de la BCE (contre 200 milliards en 2015) et 1.100 milliards d'euros de billets (et pièces) en circulation (900 milliards en 2015).

En 2009 la masse monétaire M3 était de 9401 milliards d'€ dont 1070 milliards de base monétaire, 213  milliards de réserves des banques et 111 milliards de facilités de dépôts des banques; la monnaie fiduciaire, billets et pièces était de 746 milliards d'€.  La base monétaire c'était donc 11.4% de la masse monétaire en circulation  constituée donc essentiellement de crédits bancaires aux ménages pour leur consommation et aux entreprises pour leurs investissements; la monnaie fiduciaire n'est que 7.9% de la masse monétaire; mais c'est pour assurer à tout moment la disponibilité de billets à ceux qui en demandent que les banques doivent avoir les réserves dans leur comptes à la BCE. NB: La base monétaire c'est M0.

Mais l'argument qui dit que ceci démontre l'inefficacité du Quantitative Easing parce que la création monétaire de la BCE a été stérilisée par les banques est complètement faux. En effet, la monnaie créée ne disparaît que si elle est détruite par la Banque Centrale. Plaçons-nous dans le cas du Quantitative Easing (ici dans la zone euro). La BCE achète des obligations et paie en créant de la monnaie, cette monnaie (de Banque Centrale, la base monétaire) créée prenant essentiellement la forme de dépôts des banques auprès de la BCE:
  • si la BCE achète des obligations aux banques, elle paie en créditant directement les dépôts des banques auprès d’elle ;
  • si la BCE achète des obligations aux autres investisseurs, elle crédite les dépôts des banques auprès d’elle et les banques créditent les comptes de dépôts bancaires des investisseurs.

L'argent créé ne disparaît pas

Cette monnaie de Banque Centrale, une fois créée, ne disparaît que si la BCE fait l'opération inverse : vendre des obligations et détruire la monnaie reçue. Tant que la BCE n'inverse pas sa politique monétaire, les réserves des banques à la Banque Centrale, qui sont la composante essentielle de la base monétaire, continuent à augmenter.

Or, la création de liquidité par la Banque Centrale peut alimenter le crédit, les achats d'actifs, sans qu'il n'y ait réduction des dépôts des banques à la Banque Centrale. Le fait que les dépôts des banques à la BCE soient importants peut conduire les banques à distribuer davantage de crédit ou à acheter des actifs (actions…).

Ceci ne change pas le niveau des dépôts des banques à la Banque Centrale :
  • si les banques distribuent davantage de crédit elles créditent les comptes de dépôt des agents économiques qui reçoivent ce crédit : ceci ne modifie pas leurs dépôts à la BCE ;
  • si les banques achètent des actions ou d’autres actifs, elles créditent le compte de dépôt du vendeur de ces actifs, ce qui ne modifie pas leurs dépôts à la BCE ;
  • si une banque achète un actif financier à une autre banque, elle transfère des dépôts à la BCE à cette autre banque, et le total des dépôts à la BCE de l’ensemble des banques ne varie pas.
Attention donc à ne pas commettre une grosse erreur. Une fois que la monnaie (de Banque Centrale) est créée, elle ne disparaît que si la Banque Centrale la détruit. Les dépôts des banques à la BCE qui sont la composante essentielle de la base monétaire restent donc plus élevés tant que la monnaie n'est pas détruite. Le fait que la hausse de la liquidité créée par la BCE conduise à une hausse durable des dépôts des banques à la BCE est donc totalement normal et ne révèle absolument pas que cette hausse de la liquidité n'a pas eu d'effets.

Si l'on veut juger l'efficacité du quantitative easing, il faut donc s'intéresser à d'autres indicateurs comme le marché des actions, les achats de logement, le crédit à la consommation ou encore le crédit aux entreprises…

la terminologie "créé" et "disparaît" est confusante.  La BCE augmente la masse monétaire M0 en achetant des bons aux banques  et en créditant leurs comptes chez elle; et elle diminue la masse monétaire en vendant des bons aux banques et en débitant leurs comptes chez elle. Il s'agit de monnaie de base ou monnaie de réserve  que les banques peuvent utiliser pour faire des  crédits à l'économie et ainsi augmenter la masse monétaire M1 M2 et M3. Les banques doivent avoir 1% de leurs dépôts comptes courants en réserve dans leurs comptes à la BCE. Encore faut-il que l'économie - ménages et entreprises - soient demandeurs de telles possibilités de crédits. La forte hausse des réserves des banques depuis 2009 montre que l'économie n'utilise pas ces possibilités.


Plus:
  1. Théorie moderne de la monnaie
  2. Politique monétaire de la banque centrale
  3. Modern Monetary Theory : real economics
  4. Le rachat de titres de la dette publique par la BCE peut-il être assimilé à de la création monétaire ?  
  5. Mon fil rss sur la monnaie 

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