26/12/2017

Mine d'anthracite de Jerada Maroc



L'actualité de la mine de Jerada fermée depuis 2000 m'incite à revisiter ce dossier. Deux jeunes sont morts avant noël lors d'exploitation artisanale illégale mais tolérée.
En collaboration avec Bossard Consultants, j'avais contribué à une évaluation technique et économique des Charbonnages du Maroc (CdM) pour l'amélioration de la productivité; c'était en 1991. Cette société exploitait les anthracites de Jerada, prés d'Oujda dans le nord ouest du Maroc. Cette mission s'était effectuée dans le cadre d'études de restructuration du BRPM, Bureau de Recherches et Participations Minières du Maroc, confiées à Bossard.
Ce gisement d'anthracite a été exploité de 1927 à 2001 par la mine de Jerada devenue Charbonnages du Maroc, en utilisant des méthodes d'exploitation, des équipements et des capitaux importants.  Elle s'était difficilement modernisée en utilisant des équipements apparus après la 2è guerre dans les mines du Nord de l'Europe, et en adaptant les méthodes selon les caractéristiques propres du gisement, un gisement très difficile à mécaniser.  La centrale électrique construite sur le site dans les années 1960 utilisait ce charbon pour alimenter la région Nord-Est du Maroc en énergie électrique.

Le gisement de Jerada était semblable aux plus difficiles du Nord Pas de Calais.  Couches minces, pentées, très faillées donc quasi impossibles à mécaniser car on ne pouvait pas y implanter des panneaux (surfaces à exploiter) suffisamment grands. Exploitation manuelle donc. De plus en raison de la présence de stériles mélangés au charbon, les mineurs y attrapaient la silicose. Et c'est une maladie qui peut être fatale des années après; Cf. l'ouverture récente  d'un centre de soins spécalisé.

Le charbon est l'industrie du 19è siècle.  De plus, partout, en raison du changement climatique, on préconise l'abandon des combustibles fossiles.  Il n'y a donc pas à regretter la fermeture de la mine; sinon avoir de la nostalgie de cette époque ancienne. L'anthracite est le combustible idéal pour le chauffage domestique certes! Voir mon histoire liée au charbon.

Comme toute ressource minérale, le gisement s'est "épuisé"; il a fallu cesser l'exploitation et fermer la mine. En fait l'épuisement - "depletion" en anglais - est un concept économique; cela veut dire qu'à partir d'un certain moment, des années après le début de l'exploitation, on ne pouvait plus trouver de quantités exploitables dans les conditions économiques viables du moment - cad. coûts couverts par les prix de vente. Mais il reste des quantités plus ou moins importantes qualifiées de "non exploitables dans des conditions économiques viables du moment". Ces quantités sont situées aussi bien en profondeur, proches des quantités exploitées, qu'à faible profondeur sous des affleurements  dans la région proche de l'ancienne mine.

Que des ressources soient  "viables" est fonction des techniques employées; une petite exploitation artisanale dans des conditions de sécurité nulles peut être viable voire très rentable; c'est le problème aujourd'hui. Car l'anthracite est un charbon de très haute qualité par son pouvoir calorifique élevé, sa faible teneur en cendres et sa faible teneur en matières volatiles. C'est donc un combustible de choix pour le chauffage et les besoins domestiques ainsi que pour des artisans et petites activités industrielles.  Pas étonnant alors que dans cette région de Jerada jusqu'à Oujda, il y ait encore une demande d'anthracite  et que des "mineurs artisanaux" aillent gratter sous des affleurements, en assumant tous les risques d'une exploitation dans des conditions du 19è siècle voire du moyen âge.

Il n'y a pas de solution facile à cette situation. Interdire d'exploiter et faire respecter strictement l'interdiction? ou tolérer en raison de la pauvreté des habitants et d'une demande réelle mais avec des risques d'accidents fréquents graves et mortels. À proximité de la surface, toute excavation risque de produire des éboulements et l'ensevelissement de mineurs, comme aussi des venues d'eau. J'ai connu le même phénomène au Pakistan province du Balouchistan près de Quetta où des centaines de petites mines de ce type opéraient avec une grande fréquence d'accidents mortels.

Le gouvernement n'a pas pu reconvertir la région, promesses non tenues dit l'auteur Ali Tizilkad (*). Ce fut aussi très difficile en France... Pire au Maroc. Reste seulement la centrale électrique alimentée désormais par du charbon importé d'Afrique du Sud par le port de Nador et acheminé par chemin de fer. La centrale a été modernisée et adaptée au nouveau comubstible par des investissements chinois (lien). Le gouvernement a voulu conserver en le modernisant,  un outil industriel existant pour alimenter cette région Nord-Est du pays, plutôt que le déplacer à proximité du port de Nador.
(*) l'exploitation minière artisanale est une source de revenus de populations pauvres, sans emplois alternatifs, à travers toute l'Afrique; notamment au Ghana, Sierra Leone, Mali,...  Les gouvernements semblent impuissants - interdire, contrôler, règlementer  - face à ce phénomène en forte croissance. Voir liens sur Artisanal and small scale mining ASM

Cela dit, il faut que le gouvernement local prenne des dispositions pour interdire les travaux clandestins sans sécurité des mineurs qui y travaillent; il est probable que des personnes haut placées soient impliquées dans ce qui est un véritable trafic. Je suppose que le prix accepté par les consommateurs doit couvrir principalement les frais de transport et de distribution en ne laissant que peu de chose pour l'extraction du sol.  Et deuxièmement que  l'état abroge les permis miniers s'il en existe; ou alors que ces permis soient assortis d'obligations stipulées dans une convention minière. C'est le BABA  de l'industrie minière que le Maroc connaît. Mais pour que j'en dise plus, il faudrait que je sache quels permis sont là, à qui et selon quelles modalités du code minier marocain. C'est ce sur quoi un journaliste local devrait enquêter.   Des petites exploitations à ciel ouvert avec pelles et camions seraient peut-être une solution; cela impliquerait des investissements et des prix de marché plus élevés.

Pour en savoir plus:
  1. Jerada: colère de la population après le décès de deux jeunes dans la mine désaffectée
  2. Amar Drissi redressement de la mine de Jerada mémoire Ecole de Paris 1994 www.ecole.org
  3. Moins de 4 mois après son installation, Amar Drissi ex-sauveur de Jerada? directeur Général de Maghreb Steel a démissionné 27/1/2015.
  4. Combustibles fossiles: les réserves de charbon sont les plus abondantes
  5. JERADA – cité houillère - DEUIL PERPETUEL ET TRAUMATISME « SOCIO-ECONOMIQUE Tahar Sherifi
  6. Exploitation clandestine d'anthracite à Jerada Maroc
  7. Fermeture de Jerada; la mémoire d'une mine Tahar Sherifi
  8. Les gueules noires de Jerada....
  9. Reportage. Jérada: le drame, le ras-le-bol et le saut dans l’inconnu
  10. Jerrada en colère après la mort de deux mineurs (et voir les commentaires)
  11. Un centre dédié à la prise en charge des personnes souffrant de silicose à Jerada ouvre ses portes
  12. Jerada: extension de la centrale thermique à 300MW.... charbon importé par Nador 
  13. Voici pourquoi l’Etat a été obligé de fermer la mine de Jérada | Driss Benhima ex directeur de l'ONE
  14. Jérada: pourquoi la mine a été fermée et les promesses non tenues |  Ali Tizilkad auteur
  15. Artisanal and small scale mining ASM
  16. Actualité de Jerada et de l'ex mine d'anthracite.


    1 commentaire:

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