8/13/25

Pourquoi les épicéas meurent les uns après les autres en Creuse ? - Le Populaire du Centre

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Pourquoi les épicéas meurent les uns après les autres en Creuse ?

Floris Bressy
4-5 minutes

L'insecte creuse sous l'écorce. Celle-ci tombe et laisse le bois à nu. © Floris Bressy

Cela n’aura pas échappé aux amoureux de la nature : depuis le début du printemps, des résineux semblent mourir un peu partout dans la région. C’est souvent un seul arbre, séché sur pied et dont la couleur brun-rouge contraste au milieu du vert alentours.

En s’approchant, on constate que son écorce se détache en plaques laissant le tronc à nu. Vu de plus près encore, ce dernier apparaît parcouru de petit canaux sinueux creusés à la surface du bois... C'est l'oeuvre du scolyte, aussi appelé typographe pour les dessins qu'il trace sur l'arbre. Un petit insecte qui s’en donne à coeur joie depuis quelques mois.

La carte publiée récemment par la Draaf (1) de Nouvelle-Aquitaine montre que le phénomène est bien présent sur toute la montagne limousine. Et qu'il essaime désormais dans de nombreux foyers en Creuse, Corrèze et Haute-Vienne.

Des foyers partout en Limousin

« Le scolyte a toujours existé dans les épicéas, c'est un parasite endémique de cette essence. Mais son activité depuis quelques mois semble décuplée », constate-t-on d'une même voix à l'ONF (2) et au CRPF (3).

Il s'agit souvent d'un seul arbre au milieu des autres... Ici près de Guéret (Creuse).

En vigilance renforcée, ces deux organismes parlent d'un stade pré-épidémique et redoutent que l'été à venir ne fasse qu'empirer la situation. Car c'est à l'été dernier que le phénomène a pris de l'ampleur.

« Le scolyte est actif dès que les températures dépassent les 18°C et s'attaque aux arbres affaiblis. La sécheresse de l'an dernier lui a donc été favorable. Tout comme la douceur des températures jusque tard en automne, qui ont permis à une deuxième génération d'insectes de voir le jour dans une même saison, là où il n'y en aurait qu'une seule d'habitude », schématise Jean-Luc Farges du CRPF de la Creuse.

Une addition de facteurs favorables

« Les arbres qui ont été attaqués l'été et ont perdu leur écorce ensuite meurent au début de la saison suivante quand la sève remonte dans le tronc à vif...», détaille-il. Voilà pourquoi tant d'arbres semblent mourir depuis ce printemps alors qu'on n'avait pas forcément remarqué qu'ils étaient malades l'an dernier.

Le spécialiste identifie d'autres facteurs agravant la propagation actuelle. D'ordre ponctuel : il y a les récents coups de vent qui ont endommagé des arbres. Par exemple, depuis que la tempête Eleanor a frappé l'Est de la France, en janvier 2018, l'emblématique massif des Vosges est très durement touché par les scolytes. 

D'ordre structurel ensuite : les épicéas français sont globalement vieillissants (donc plus faibles) car c'était l'essence privilégiée avant le douglas, lors des premières plantations de l'après-guerre. La plupart des peuplements dépasse les cinquante ans.

Une conséquence directe du scolyte est d'ailleurs commerciale : la valeur du bois d'épicéa est en baisse à cause des arbres vosgiens infectés qui engorgent le marché.

La fin des épicéas en Limousin ?

Les professionnels essayent donc de limiter la casse avec des mesures de bon sens : suprimer un arbre dès qu'il est infecté et l'éloigner du massif. Pour éviter la propagation d'une part, mais aussi tenter de le valoriser le plus vite possible, un arbre encore vert ayant plus de valeur qu'un arbre mort...

Les attaques de scolytes sur le tronc des épicéas se reconnaissent facilement à ces striures dans le bois.

Afin de tempérer les inquiétudes, la profession rappelle que des attaques de scolytes ont déjà été observées par le passé, notamment après la grande tempête de 1999.

Il n'en reste pas moins que l'attaque d'aujourd'hui semble irréversible dans le paysage : sous les assauts du scolyte et sans replantations, on estime que  l'épicéa disparaîtra à moyen terme des zones qui lui sont le moins favorables. C'est à dire en dessous des 800 mètres d'altitude, comme en Limousin. 

Floris Bressy

floris.bressy@centrefrance.com

(1) Direction Régionale de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt

(2) Office national des forêts

(3) Centre régional de la propriété forestière

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