C’est un des piliers de la communication du gouvernement pour justifier la loi sur le travail nouvelle version qui est en préparation : la France serait « la seule grande économie européenne qui n’a pas gagné face au chômage de masse ». L’affirmation est martelée sans cesse par le premier ministre, les ministres de Bercy et, surtout, par Emmanuel Macron lui-même. Le président de la République l’a ainsi redit le 23 août à Salzbourg, lors d’une mise en scène étonnante où on le voit demander au chancelier fédéral autrichien « son » taux de chômage. Et devant la réponse d’un Christian Kern (« 5,4 % » – en réalité 5,2 %) un peu surpris de participer à cet exercice, Emmanuel Macron laisse passer un silence qui se veut éloquent avant de reprendre l’affirmation citée plus haut. Et d’insister : « C’est cela, la réalité. »
En Espagne, le taux de chômage a certes baissé fortement depuis son point haut de 24,3 % en juillet 2013, mais il n’est pas possible de nier que le chômage de masse persiste de l’autre côté des Pyrénées. On est encore loin des taux enregistrés avant la crise, où le taux espagnol était descendu à 7,9 % en mai 2007. À cette époque, du reste, le taux espagnol était inférieur au taux français, alors à 8,1 %. Comment alors prétendre qu’un pays qui accuse aujourd’hui un taux de chômage supérieur de 7,5 points à celui de la France dix ans après avoir eu un taux inférieur a « gagné contre le chômage de masse », tandis que la France aurait « perdu » ?
Même constat pour l’Italie. Avec un taux de chômage en juin 2017 de 11,1 %, la péninsule a certes réduit un peu l’écart avec la France depuis son point haut en novembre 2016 de 13,3 %. Mais là encore, le niveau reste supérieur à celui de l’Hexagone, alors que le taux de chômage italien a été inférieur à celui de la France de juillet 2003 à novembre 2011. Bref, là encore, il n’est pas possible de dire que l’Italie a vaincu le chômage de masse si l’on estime que la France ne l’a pas vaincu.
Le président a-t-il entendu par « gagner contre le chômage de masse » une seule baisse du taux de chômage ? Il s’est alors fort mal exprimé puisque réduire le chômage, même beaucoup, ne signifie pas le vaincre, comme on vient de le voir. En un an, la France a certes connu une baisse faible de son taux de chômage (0,4 point). Mais, là encore, ce niveau n’est pas isolé. La Finlande (économie de 215 milliards d’euros en 2016) a vu son taux de chômage ne reculer sur la même période que de 0,2 point. Et l’Italie a connu une baisse de 0,6 point de son taux de chômage. Comment considérer alors que ces deux dixièmes de point de pourcentage séparent l’échec du succès ? Surtout, il est peut-être utile d’observer le mouvement sur le long terme. Le président nous y invite lui-même, puisqu’il souhaite se détacher de la dictature du court terme « météorologique ».
Or, sur dix ans, de juin 2007 à juin 2017, la hausse du taux de chômage en France est de 1,6 point (de 8 % à 9,6 %), soit exactement autant que la moyenne de la zone euro (de 7,5 % à 9,1 %). Il n’y a donc pas de déviation de la France par rapport à la performance moyenne de l’union monétaire. C’est la même que l’Irlande. Ce n’est pas le cas de l’Espagne (+ 9,1 points), de l’Italie (+ 5,1 points), de la Finlande (+ 1,8 point) ou du Danemark (+ 2 points). Bref, même en termes d’évolution du taux de chômage, la France n’est pas la seule « perdante » face au chômage parmi les « grandes économies ».
Faut-il alors réfléchir en termes de taux d’emploi, autrement dit en pourcentage de la population ayant un emploi ? Là encore, le président se serait fort mal exprimé puisqu’il parle de « chômage » et que plusieurs personnes privées d’emploi le sont volontairement ou par nécessité. Mais, même alors, le constat est le même. Le taux d’emploi français était en 2016 de 64,2 % pour les 15-64 ans. C’est un niveau faible, inférieur à la moyenne de la zone euro (65,5 %) mais supérieur, là encore, à l’Italie (57,2 %), à l’Espagne (59,3 %) et à la Belgique (62,3 %), pour ne citer que les « grandes économies ». Là encore, donc, même en considérant qu’Emmanuel Macron a caricaturé son propre propos, son affirmation est intenable.
La réalité ? C'est que la France est la seule puissance économique européenne qui n'a pas gagné la bataille contre le chômage de masse. pic.twitter.com/Lh2q0fvNCx— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) 23 août 2017
« seul »La réalité ? Sans doute l’hôte de l’Élysée a-t-il raison de s’emporter contre ce qu’il appelle la « météorologie » des chiffres mensuels du chômage, qui ne donne qu’une vision ponctuelle de la situation et ne permet nullement la comparaison. Sans doute aussi la France a-t-elle un problème de chômage qui est difficilement niable, mais ce n’est pas ce que dit le président de la République. Son propos est comparatif : selon lui, la France est legrand pays européen à« ne pas avoir gagné »
face au chômage. Et ces propos sont, factuellement, faux. Un simple coup d’œil sur les données d’Eurostat permet de s’en convaincre.
Selon les données d’Eurostat, le taux de chômage en termes harmonisés se situait en France à 9,6 % en juin 2017. Il s’agit du sixième taux de chômage le plus élevé de l’Union européenne et du cinquième de la zone euro. C’est sans doute un niveau élevé, supérieur à la moyenne de l’union économique et monétaire (9,1 %), mais ce n’est pas le plus élevé. Bien sûr, Emmanuel Macron prend soin de ne pas parler de taux de chômage et n’évoque que les « grandes économies ». On ignore ce que peut être une « grande économie ». S’agit-il d’une économie riche en termes de PIB par habitant ? S’agit-il d’une « grande » économie en termes de PIB nominal ? Mais pourquoi le président de la République prend-il comme référence l’Autriche, dixième économie de l’UE avec ses 335 milliards d’euros (soit 15 % de la richesse française) ?
Parmi les pays affichant un taux de chômage supérieur à celui de la France, on trouve par ordre décroissant la Grèce, l’Espagne, Chypre, la Croatie et l’Italie. De ces cinq pays, deux sont incontestablement de « grandes économies » : l’Espagne et l’Italie, avec des PIB respectifs de 1,113 et 1,673 milliards d’euros en 2016, soit bien plus que l’Autriche. Les taux de chômage de ces deux pays sont de 17,1 % et 11,1 % respectivement. Or, ces pays ont engagé une bataille contre le « chômage de masse ». Incontestablement, cette bataille n’est donc pas davantage gagnée que celle de la France.En Espagne, le taux de chômage a certes baissé fortement depuis son point haut de 24,3 % en juillet 2013, mais il n’est pas possible de nier que le chômage de masse persiste de l’autre côté des Pyrénées. On est encore loin des taux enregistrés avant la crise, où le taux espagnol était descendu à 7,9 % en mai 2007. À cette époque, du reste, le taux espagnol était inférieur au taux français, alors à 8,1 %. Comment alors prétendre qu’un pays qui accuse aujourd’hui un taux de chômage supérieur de 7,5 points à celui de la France dix ans après avoir eu un taux inférieur a « gagné contre le chômage de masse », tandis que la France aurait « perdu » ?
Même constat pour l’Italie. Avec un taux de chômage en juin 2017 de 11,1 %, la péninsule a certes réduit un peu l’écart avec la France depuis son point haut en novembre 2016 de 13,3 %. Mais là encore, le niveau reste supérieur à celui de l’Hexagone, alors que le taux de chômage italien a été inférieur à celui de la France de juillet 2003 à novembre 2011. Bref, là encore, il n’est pas possible de dire que l’Italie a vaincu le chômage de masse si l’on estime que la France ne l’a pas vaincu.
Le président a-t-il entendu par « gagner contre le chômage de masse » une seule baisse du taux de chômage ? Il s’est alors fort mal exprimé puisque réduire le chômage, même beaucoup, ne signifie pas le vaincre, comme on vient de le voir. En un an, la France a certes connu une baisse faible de son taux de chômage (0,4 point). Mais, là encore, ce niveau n’est pas isolé. La Finlande (économie de 215 milliards d’euros en 2016) a vu son taux de chômage ne reculer sur la même période que de 0,2 point. Et l’Italie a connu une baisse de 0,6 point de son taux de chômage. Comment considérer alors que ces deux dixièmes de point de pourcentage séparent l’échec du succès ? Surtout, il est peut-être utile d’observer le mouvement sur le long terme. Le président nous y invite lui-même, puisqu’il souhaite se détacher de la dictature du court terme « météorologique ».
Or, sur dix ans, de juin 2007 à juin 2017, la hausse du taux de chômage en France est de 1,6 point (de 8 % à 9,6 %), soit exactement autant que la moyenne de la zone euro (de 7,5 % à 9,1 %). Il n’y a donc pas de déviation de la France par rapport à la performance moyenne de l’union monétaire. C’est la même que l’Irlande. Ce n’est pas le cas de l’Espagne (+ 9,1 points), de l’Italie (+ 5,1 points), de la Finlande (+ 1,8 point) ou du Danemark (+ 2 points). Bref, même en termes d’évolution du taux de chômage, la France n’est pas la seule « perdante » face au chômage parmi les « grandes économies ».
Faut-il alors réfléchir en termes de taux d’emploi, autrement dit en pourcentage de la population ayant un emploi ? Là encore, le président se serait fort mal exprimé puisqu’il parle de « chômage » et que plusieurs personnes privées d’emploi le sont volontairement ou par nécessité. Mais, même alors, le constat est le même. Le taux d’emploi français était en 2016 de 64,2 % pour les 15-64 ans. C’est un niveau faible, inférieur à la moyenne de la zone euro (65,5 %) mais supérieur, là encore, à l’Italie (57,2 %), à l’Espagne (59,3 %) et à la Belgique (62,3 %), pour ne citer que les « grandes économies ». Là encore, donc, même en considérant qu’Emmanuel Macron a caricaturé son propre propos, son affirmation est intenable.
A l'issue de cet indigeste propos sur les chiffres du chômage contestant allègrement les résultats structurels et les taux d'évolution, on se demande où veut en arriver le journaliste de Médiapart. En fait on ne se le demande pas, Médiapart considère que tout va bien et que Macron exagère quand il veut s'attaquer au chômage de masse, les solutions socialistes ayant prévalu jusqu'alors n'étant selon Médiapart pas contestées par les faits. Il y encore des imbéciles qui lisent ce torchon ?
RépondreSupprimerOui Romaric Godin ex rédacteur en chef adjoint de la Tribune c'est du "tout à gauche". Mais il s'en prend seulement à la méthode. La France n'est pas ma seule à avoir un chômage de masse. Pour moi la relation pays excédentaires versus pays déficitaires a des causes structurelles qui créent le chômage dans ces derniers.
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