12/06/2020

Quelques étranglements du matin - Par Daniel Schneidermann | Arrêt sur images Daniel Schneiderman

Il ne faut pas confondre : il y a étranglement et étranglement. Etranglement sanguin, et étranglement respiratoire. Vous ignoriez la différence ? Moi aussi. C'est fou comme on s'instruit, le matin, au pays des droits de l'Homme. L'étranglement respiratoire, donc, se pratique avec le bras de l'étrangleur sur la trachée de l'étranglé. L'étranglement sanguin, lui, suppose une pression de l'avant-bras de l'étrangleur, sur la carotide de l'étranglé. C'est technique. C'est BFM, ce matin au réveil, qui nous offre ce cours d'anatomo-strangulogie policière appliquée.



Car selon BFM, Christophe Castaner aurait concédé hier aux syndicats de policiers la poursuite de l'étranglement respiratoire, mais pas celle de l'étranglement sanguin. Ouf ! On respire (si j'ose dire). Il faut dire que, privés d'étranglement lors d'une conférence de presse le 8 juin, les policiers ont fait une grosse colère. Ils ont déposé leurs menottes à terre, devant la caméra de la même BFM, qui s'est fait un plaisir ("Ils les enlèvent, Saber, et ils vont les déposer devant eux, c'est ce qui est prévu ?" "C'est ce qui est prévu, exactement, ils sont en train de les déposer maintenant...") de retransmettre la rebellion en direct.

Et tant pis pour le pauvre Taser électrique, un temps évoqué (scoop du Parisien) pour remplacer la strangulation, et qui n'aura fait qu'un petit tour de piste. Selon la journaliste police-Justice de BFM Alexandra Gonzalez, Castaner a donc concédé que la punition policière était injuste. Mais attention. Il ne faudrait pas casser le moral des étranglés potentiels. On ne leur dira donc pas. BFM : "La clé d'étranglement respiratoire prendra sûrement une autre appellation, telle que la prise par le cou ou par derrière. Toute la subtilité tiendra dans la terminologie choisie par le ministère lors de l'annonce". Quel bonheur, tout de même, qu'un ministre de l'Intérieur subtil.
Christophe Castaner avait déjà exprimé sa subtilité en revenant, dès le lendemain de son annonce, sur l'interdiction de propos racistes, faite aux policiers -la suspension d'un fonctionnaire devait être "systématiquement envisagée" (oxymore n°1) en cas de "soupçons avérés" (oxymore n°2). Arrière toute : ne seront passibles de suspension que les injures racistes "publiques". Autrement dit, dans un groupe WhatsApp de dix personnes, les policiers continueront d'avoir le droit de parler de "bougnoules", de "nègres" ou de "youpins". Mais dans un groupe Facebook de huit ou neuf mille membres, ce sera à l'appréciation du tribunal. Castaner est même allé encore plus loin hier, en concédant aux syndicats de policiers (agenouillé ?) qu'il "regrettait" ses propos sur les "soupçons avérés". Les syndicats sont bien bons de se déplacer encore au ministère. Ils pourraient convoquer le ministre. Il viendrait.

C'est fou comme il faut être subtil, quand on critique la police française. Oui je plaisante sur un sujet grave, mais que faire d'autre ? Pour le dire sans aucune subtilité, la police française est, depuis les Gilets jaunes, hors de tout contrôle politique. Ce qui d'ailleurs, n'est pas totalement une nouveauté. Ce sera le sujet de notre émission de cette semaine, en ligne dans la journée, où nous vous réservons une surprenante leçon d'Histoire. 

Source Arrêt sur images


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