03/06/2020

Le coronavirus, une chance pour l’humanité ?

Le biologiste et géographe américain Jared Diamond s’est rendu célèbre en étudiant les mécanismes de survie et de disparition des civilisations. À ses yeux, il existe une possibilité que la crise du Covid-19 provoque un tournant dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Et si la crise du coronavirus ne se résumait pas uniquement à un immense désastre humain et économique ? Et si les États, en y apportant une réponse coordonnée, se mettaient à agir contre des phénomènes qui menacent leur survie même, à commencer par le réchauffement climatique ?

C’est l’hypothèse que développe dans un article du Financial Times l’un des intellectuels les plus réputés aux États-Unis, le biologiste et géographe Jared Diamond. Auteur d’un essai de référence sur les mécanismes qui ont pu conduire à la disparition de civilisations telles que celles des Mayas ou de l’île de Pâques (Effondrement, Gallimard, 2006), Diamond a aussi étudié dans un ouvrage plus récent* comment certains pays ont réussi à surmonter des crises qui auraient pu leur être fatales.

D’autres périls en vue

Selon lui, pour dramatique qu’elle soit, la crise du coronavirus ne fait pas peser de menace existentielle sur l’humanité : “Oui, la pandémie va porter un rude coup à l’économie mondiale, mais elle s’en remettra ; ce n’est qu’une question de temps”, affirme Diamond dans cet article.
D’autres dangers existent, en revanche, qui pourraient à terme “éradiquer notre espèce ou provoquer des dégâts irrémédiables sur notre économie et notre niveau de vie”. Parmi eux : le creusement des inégalités, l’épuisement des ressources naturelles et le réchauffement climatique.
Comme l’écrit Diamond dans les colonnes du Financial Times :
Aussi étrange que cela puisse paraître, une sortie de crise réussie après cette pandémie pourrait nous inciter à nous emparer de problèmes plus graves encore et devant lesquels nous nous sommes jusqu’à présent dérobés.”

Le cas finlandais

Pour l’auteur, le coronavirus pourrait agir comme un catalyseur, là où l’idée de crise climatique apparaît encore trop souvent abstraite ou insurmontable par son énormité. Contrairement au réchauffement, le Covid-19 a des conséquences immédiates et “palpables”, qui ne posent le plus souvent pas de “problème de définition ou de quantification” :
Jamais, avant la menace sans précédent que représente le Covid-19, tous les pays du monde ne s’étaient retrouvés unis face à un ennemi commun.”
Or cette prise de conscience d’un danger réel et immédiat est l’un des facteurs qui permet aux groupes humains de survivre. Diamond donne différents exemples, dont celui de la Finlande : “Pour les Finlandais, la guerre d’hiver de 1939-1940 a été une expérience galvanisante, le moment où (au prix d’énormes sacrifices), ils ont résisté à l’invasion de l’armée soviétique – un ennemi dont la population était alors 40 fois supérieure à celle de la Finlande.”
Si les États parvenaient à apporter des réponses fortes et coordonnées aux conséquences de la crise du coronavirus, cela pourrait constituer selon cet auteur un précédent vertueux, favorisant la conscience d’appartenir à un groupe (en l’occurrence, l’espèce humaine) lié par des intérêts communs et la foi dans sa capacité à affronter les dangers.
Mais cela ne constitue évidemment qu’un scénario parmi beaucoup d’autres possibles. La pire option consistant, selon Diamond, à continuer d’essayer de “résoudre la crise sanitaire pays par pays, voire – outre-Atlantique – État par État”. Dans ce cas, écrit-il, “cela reviendrait à nous retrancher dans des tentatives vouées à l’échec de répondre isolément à d’autres problèmes mondiaux”.

Source Courrier International 

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