mercredi, mai 17, 2017

Macron: renouveau, rassemblement, mais politique politicienne encore et toujours | blog de Nathalie MP.


Donner sa chance à Macron, oui. A en perdre la tête, non.

Echantillon réjouissant de sa prose de l’époque :

« Macron (…) n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier (si j’ose dire, s’agissant du promoteur des autocars). » (Libération, 18 janvier 2017)
Et voilà qu’Edouard Philippe, vieux routier lui-même, se retrouve Premier ministre du promoteur des autocars ! Beau rétablissement pour lui et formidable retournement que Macron vient d’opérer !
• Tout a l’air de sourire à notre jeune Président, du soleil jetant ses doux rayons sur son investiture aux commentaires extasiés des journalistes télé le voyant monter les escaliers quatre à quatre.
Son élection à la présidence de la République a eu la conséquence rapide et évidente de faire exploser le Parti socialiste. La nomination hier (15 mai 2017) d’Edouard Philippe, député-maire LR du Havre, au poste de Premier ministre, est lue de façon assez unanime comme une stratégie pour dynamiter la droite et former autour de lui un grand rassemblement transpartisan pas loin de l’idée d’union sacrée pour sauver la France.

De là à conclure qu’il est en passe de réussir son opération de déstabilisation des partis traditionnels et d’engranger les députés qui lui manquaient encore pour obtenir une majorité absolue en juin, il n’y a que quelques petits pas que 22 députés LR (plus NKM qui s’est rajoutée à la liste hier soir) se sont empressés de franchir en demandant à leur parti d’accepter la main tendue du Président de la République
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• Il y a cependant matière à penser que tout ne se déroule pas et ne se déroulera pas aussi simplement qu’il y paraît.

Les députés LR sont aujourd’hui au nombre de 200, il évoluent souvent de concert avec leurs homologues UDI qui sont une vingtaine. Le ralliement de 22 d’entre eux à la majorité présidentielle reste assez marginal et ne rend pas compte du choix particulièrement tranché des électeurs de droite en faveur du projet de rupture de François Fillon lors de la primaire. La droite et le centre gardent un énorme potentiel électoral en tant qu’opposants à la ligne présidentielle.

Alain Juppé lui-même a fait part de son choix de mener la bataille des législatives dans sa famille politique d’origine tout en appelant à une opposition constructive si la droite n’obtenait pas la majorité à l’Assemblée en juin .
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Du côté du PS, on n’a pas manqué de souligner que le caractère « de droite » mis en avant par le Premier ministre plaidait pour plus de gauche dans la vie politique :
Il n’est pas exclu que cela puisse en effet remotiver quelques troupes socialistes, d’autant que la veille, François Hollande était venu directement de l’investiture de Macron au siège du PS rue de Solférino pour expliquer, avec l’ambiguïté qui le caractérise décidément en permanence, que :
« C’est toujours à la gauche qu’il appartient de faire avancer le progrès social et de permettre le redressement économique. »
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D’autre part, on sent que même si l’on trouve toujours un bon contingent de politiciens prêts à voler au secours de la victoire, les tractations d’Emmanuel Macron pour former une majorité sont compliquées. Jeudi dernier déjà, la présentation des 428 premières investitures de La République En Marche (LREM) s’était faite avec deux heures de retard sur l’horaire prévu. Et même avec ce délai pour procéder aux ajustements de dernière minute, pas mal de couacs et malentendus avaient transformé cette opération de communication en une belle démonstration d’à peu près.

De même, la nomination du Premier ministre, pour attendue qu’elle était, ne fut effective qu’à 15 heures hier alors qu’elle avait été annoncée pour le milieu de matinée. La composition du gouvernement devant être divulguée aujourd’hui (MAJ : repoussée à demain 15 h) et celle des 149 députés LREM non encore sélectionnés demain, on en déduit assez facilement que l’enthousiasme à faire de la « politique autrement » est loin de suffire quand on en vient au concret, c’est-à-dire aux postes des uns et des autres.

• Mais, me direz-vous, de quoi vous plaignez-vous ? Après avoir renvoyé le FN à ses étroitesses et incompétences, Macron donne un coup de pied dans la fourmilière des mauvaises habitudes politiciennes de ce pays, il fait vaciller les vieux partis, dépasse les clivages d’autrefois et entraîne dans son sillage une nouvelle génération très motivée qui entend faire souffler un vent frais sur la façon de faire de la politique. C’est une chance que la France doit saisir.

Il y a certes de quoi se réjouir de la déconfiture de tous les vieux briscards qui occupaient les postes ministériels, les matinales radios et les 20 heures télévisés depuis 30 ans avec beaucoup de suffisance et fort peu de bons résultats, emportés qu’ils furent par le « dégagisme » qui a marqué cette élection présidentielle.

Mais au vu des manoeuvres politiciennes en cours, au vu des tentatives de recyclage du PS d’un côté et des risettes à la droite de l’autre, au vu de tous les énarques qui accourent dans le prétendument nouveau paysage politique, au vu de l’impressionnant « déjà vu » qu’on ressent face au spectacle de la macronie qui s’installe, il reste à s’interroger sur les contours exacts du renouveau et du rassemblement mis en oeuvre par Emmanuel Macron.

Je pense premièrement que s’il se voyait clairement Président un jour, il n’imaginait pas y arriver en 2017, mais plutôt en 2022 ou 2027. Il aura fallu un exceptionnel alignement d’événements – renonciation de Hollande, victoire de Hamon, échec de Sarkozy et Juppé, difficultés de Fillon, montée de Mélenchon dans la dernière ligne droite, débat suicide de Le Pen – pour le voir accéder au pouvoir dès cette année.

Cette précocité est un facteur de fragilité, car il n’est vraiment prêt ni sur le fond ni sur la forme. Il est de plus fort mal élu, le rejet des autres candidats supplantant nettement l’adhésion à sa personne et son programme.

Au départ, son objectif fut surtout de recruter des « marcheurs » à tour de bras sur la base d’un espoir de changement poétiquement intitulé « pensons printemps » à défaut de se décliner en mesures concrètes. Mais avec l’évolution « complètement dingue » de l’élection présidentielle, il a rapidement fallu donner de la consistance au projet sans effaroucher personne, d’où un positionnement « mou » susceptible de parler à tout le monde. Macron est rassembleur par nécessité, mais il y a deux façons de rassembler et il a choisi la moins intéressante.

Soit vous faites un vrai constat sans concession de la situation réelle de la France, son chômage, sa dette, ses prélèvements obligatoires toujours plus élevés, son insécurité à la petite semaine qui pourrit lentement mais sûrement la vie des gens, et vous proposez un vrai projet de transformation du pays qui passe forcément par le programme « baisse des dépenses, baisse des impôts, libéralisation du marché du travail, choc de simplification » dont j’ai déjà parlé.

La perspective est rude, d’autant plus rude qu’on a beaucoup trop attendu, mais à force d’explications claires et fondées, le rassemblement se fait petit à petit sur un projet, certes difficile, mais dont l’orientation est claire et acceptée.

Soit, et c’est ainsi qu’Emmanuel Macron a procédé, vous attirez à vous le plus de monde possible en choisissant vos mots, toujours enthousiasmants, selon que vous parlez à tel public plutôt de gauche, ou plutôt de droite, ou plutôt jeune ou plutôt âgé etc… En d’autres termes, et ce n’est guère nouveau, vous usez de votre charisme et de belles promesses enivrantes où chacun trouve quelque chose à se mettre sous la dent pour « ratissez large », mais vous ne créez ni projet ni unité politique.

• A entendre beaucoup de soutiens du Président, si on n’est pas entièrement avec lui, c’est qu’on est contre lui, voire contre les possibilités de la France de se réformer. Pourtant, la chance que la France doit saisir avec Macron est loin d’être claire. Chez LREM, on perçoit beaucoup de ferveur pour un projet à dominante social-démocrate pour ce qu’on en sait et dont beaucoup d’éléments restent en pointillés.

Que deviendrait alors la légitime faculté d’opposition s’il fallait que tout un chacun, acceptant la main tendue d’Emmanuel Macron comme le demandent les 22 députés LR mentionnés plus haut, décide d’entrer dans la majorité présidentielle, ou tout au moins de fermer les yeux sur les politiques menées au nom des vertus (encore à démontrer) de la recomposition politique en cours et de l’union sacrée pour sauver la France ?

Il ne resterait plus que les irréductibles du FN et de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon pour porter la contradiction au gouvernement. On voit d’ici où pourrait nous mener une politique social-démocrate perpétuellement et uniquement remise en cause par des « frondeurs » idéologues et pour tout dire hors-sol.

Il importe au contraire qu’Emmanuel Macron ait face à lui, non pas un pays presque entièrement sous son charme, mais une opposition constructive, qu’elle soit parlementaire, médiatique ou qu’elle vienne de la « société civile. »

Contrairement à ce que le discours ambiant voudrait nous faire croire, « donner sa chance à Macron »  ce n’est pas lui donner carte blanche sur un programme qui reste très vague pour l’instant, ce n’est pas faire le jeu d’une recomposition politique qui n’est que politicienne à ce jour, ce n’est pas foncer tête baissée dans les postes à pourvoir sur la base d’un vague entendement « renouveau, jeunesse, fraicheur, printemps ».

« Donner sa chance à Macron », c’est à l’inverse garder son indépendance, garder ses capacités d’observation et de réflexion extérieures afin d’évaluer la future politique du gouvernement exactement pour ce qu’elle vaudra, ni plus ni moins, sans perdre la tête.


Source: le blog de Nathalie MP

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