vendredi, janvier 02, 2015

Faut-il s'attendre à un Grand Soir en 2015? Eric Verhaeghe

Ce billet d'Eric Verhaeghe "Faut-il s'attendre à un Grand Soir en 2015?" reflète la morosité ambiante que les vœux de François Hollande n'ont pas dissipée. Une longue dissertation sur le "Grand Soir" précède la fin du billet qui concerne l'actualité et notre situation présente. Je l'extrais car c'est finalement à cela qu'Eric veut en venir.

"Comme en 1789, nous avons réuni tous les ingrédients qui font le basculement d’un régime.
D’abord, plus aucun Français ne croit la démocratie représentative capable de répondre aux défis de notre temps. Les innombrables preuves de corruption, de mépris, de ruptures entre les mandataires du peuple et leurs mandants, ont eu raison de toute forme d’illusion des citoyens vis-à-vis de la classe politique et des institutions elles-mêmes. Des stratégies de retardement peuvent être plus ou moins mises en place, mais elles ne pourront guère « recoller » durablement les miettes de la confiance politique.
Le mal qui atteint le régime est d’ailleurs bien plus profond que ce simple problème de défiance. Il tient à la nature même du régime: dans un pays qui a accès à l’éducation, dans une société organisée autour de l’information et de l’expression en temps réel grâce aux technologies numériques, le principe d’un mandat représentatif n’a plus de sens. Cela ne signifie pas que le citoyen doit devenir un hyper-actif qui participe à toutes les décisions. En revanche, la transitivité des mandats apparaît comme inévitable à l’avenir.
Cette transformation de la politique, souhaitons qu’elle se fasse rapidement.
Rien n’est plus épouvantable à vivre que l’agonie du régime à laquelle nous assistons. La France est une société bloquée par une élite vieillissante, sclérosée, et de moins en moins adaptée aux réalités du temps. La France est boursouflé par les innombrables rentes qu’elle a constituées depuis 1945: le statut des fonctionnaires, l’impunité des enseignants, la toute-puissance des taxis, des médecins urgentistes, des cheminots, des pilotes d’Air France, des agents EDF ou ERDF, des rentiers de toute sorte, sont autant de freins à notre entrée dans le siècle nouveau et dans la révolution technologique.
Au fond, la France entre dans le siècle à reculons, et cette frilosité n’a plus de sens. Tôt ou tard il faut se jeter à l’eau et nager, selon un bon vieux principe: la peur n’évite pas le danger."

NDLR: Les révolutions sont rares dans l'histoire de l'humanité. Pour ne citer que les plus récentes documentées, il y eut la "glorious révolution" en Angleterre en 1688, la révolution nord américaine en 1788, la révolution russe en octobre 1917... et la révolution française en 1789; je la cite en dernier car elle eut des répercussions dans toute l'Europe au cours du 19è siècle.
Les ingrédients de la révolution sont là quand le peuple n'en peut plus, ne croît plus en ses institutions et qu'une partie de ses élites avec son soutien se met à tout renverser. En serons nous de nouveau un jour dans cette situation?
Nous sommes dans le tout économique*: production, échange et consommation de biens et de services de tous ordres et sur toute la planète, qui contribuent au bien-être de tous! C'est de cela que dépend l'activité et la vie de tous en ce début 2015, avec près de 6 millions de chômeurs et sous payés, un État et une fonction publique que le secteur productif peine à financer pour ses services qui participent aussi au bien-être. Alors se comparer au Japon qui depuis les années 1990 est à l'arrêt? Nos trente glorieuses aussi ont permis une croissance sans précédent du bien-être pour tous. Cette croissance là ne peut pas se poursuivre de la même manière indéfiniment! C'est bien ce qui s'est passé au Japon, et ce qui semble se passer chez nous en Europe et en France. Mais la stagnation ne peut pas non plus durer indéfiniment. Que serait la France si on avait continué avec la Sidérurgie Lorraine et les Charbonnages de France? La nouvelle croissance ce sont de nouvelles activités et de nouveaux emplois, ce qui implique de nous produits de nouveaux échanges et d'autres consommations puisque tout ce qui est produit est consommé.
* TOUT: en fait politique, institutionnel, économique et social

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